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Bulletin Quotidien Europe N° 8159
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Quelques remarques supplémentaires sur les prétendues "alliances bilatérales" et sur la réforme du Conseil - A propos de la "sensibilité politique" de Valéry Giscard d'Estaing

Une alliance morte ou reconstituée? Restons modestes. Le jour même où j'ai invité les lecteurs à ne pas attribuer une importance excessive à la prolifération des annonces d'alliances bilatérales ou trilatérales entre les pays de l'UE (voir cette rubrique du 21 février), deux grands journaux européens interprétaient en sens opposé l'évolution du couple franco-allemand. "Le Figaro" annonçait en première page "La mort annoncée du moteur franco-allemand". Avec tout autant de relief , la "Süddeutsche Zeitung" annonçait la reconstitution de l'axe Paris-Berlin en dévoilant un prétendu pacte secret entre les ministres des Finances Laurent Fabius et Hans Eichel pour défendre le rôle de l'Etat dans l'économie. Il me semble évident qu'il s'agit de convergences sur des dossiers spécifiques et non pas d'alliances.

Tout en prenant acte de l'échec de ma tentative de discréditer l'utilisation abusive des annonces d'alliances, je persiste donc à considérer que les convergences sur des dossiers spécifiques ne préfigurent en rien des alliances durables et exclusives, et encore moins des "directoires". M. Aznar vient d'ailleurs de l'affirmer à nouveau avec vigueur. Il n'est pas étonnant que les gouvernements socialistes de Paris et de Bonn soient plus favorables que d'autres à une présence forte de l'Etat dans l'économie et à un certain contrôle du marché des capitaux: les différences idéologiques existent. Le Sommet de Barcelone devra s'efforcer de concilier les thèses plus libérales des uns et celles plus dirigistes des autres. La Commission européenne est déjà en train d'esquisser des compromis dans les nombreux documents qu'elle a déjà élaborés et qu'elle continue à élaborer en vue de ce Sommet, et la "stratégie de Lisbonne" n'est remise en cause par personne.

Une rotation semestrielle qui a quelques mérites. Parmi les réformes institutionnelles dont la Convention sur l'avenir de l'Europe aura à discuter, l'une fait déjà l'objet d'un quasi-accord de principe: celle du Conseil. L'ineptie du système actuel de la rotation semestrielle de la présidence est dénoncée par tous les commentateurs et par les membres de la Convention qui se sont déjà exprimés. Mais voici qu'au moment où les formules alternatives se multiplient, une voix invite à prendre en considération aussi quelques éléments positifs de la rotation. Et ce n'est pas une voix négligeable, puisqu'il s'agit d'une étude de l'association "Notre Europe" de Jacques Delors, consacrée à la Présidence espagnole du Conseil communautaire. Selon son auteur, Carlos Closa, professeur de Sciences Politiques à l'Université de Saragosse, "l'exercice même de la présidence a la vertu d'un mécanisme qui exalte les valeurs d'intégration et modère le nationalisme". J'ai interrogé quelques personnalités politiques (espagnoles comme Ana Palacio et José Maria Gil-Robles, mais pas seulement) sur cet effet pédagogique de la présidence, et la réponse a été dans tous les cas affirmative, non seulement pour les Etats membres actuels, mais surtout pour les membres futurs: l'Europe au centre de l'information pour six mois, et donc plus visible, le retentissement qu'apporte le fait d'accueillir les hommes les plus puissants d'Europe, une plus grande attention de la classe politique et de l'administration à la problématique européenne…Le problème est que, dans l'Europe élargie, une fois passé le "semestre européen", le suivant n'arrivera que…quatorze années plus tard. Autrefois, lorsque les Etats membres étaient beaucoup moins nombreux, la préparation d'un sommet était souvent effectuée par ceux qui avaient participé au sommet précédent, assurant la continuité et mettant à profit la connaissance des dossiers; avec 25 ou 27 Etats membres, cet "effet continuité" n'existera plus; et l'effet "visibilité" sera tellement rare…

Ces quelques remarques ne modifient donc pas l'évaluation globale de la rotation semestrielle (qualifiée de "stupide" par Jacques Delors), mais introduisent un élément de visibilité et de pédagogie à ne pas négliger, et qui justifierait au moins une certaine mobilité des réunions (surtout des Sommets), malgré les inconvénients pratiques. Les perplexités sur la formule britannique (confirmée par le ministre Jack Straw après les anticipations de son collègue Peter Hain) subsistent. Mais il est positif que le débat soit lancé.

Une présidence équilibrée, ou pas? En parlant de la présidence de la Convention, j'avais fait état d'un certain équilibre en son sein entre les grands courants politiques: Valéry Giscard d'Estaing y représenterait la sensibilité libérale, Giuliano Amato la sensibilité socialiste, Jean-Luc Dehaene la sensibilité démocrate-chrétienne (voir cette rubrique du 2 février). Au nom du groupe libéral-démocrate du Parlement européen, Colette Flesch et le président de ce groupe, Graham Watson, m'ont fait remarquer que Valéry Giscard d'Estaing, lorsqu'il était parlementaire européen, avait quitté la présidence du groupe des Libéraux, Démocrates et Réformateurs pour adhérer au groupe PPE. Par conséquent, "si M. Giscard d'Estaing représente une sensibilité politique en Europe, il s'agit - de son propre gré- de la sensibilité démocrate-chrétienne et non de la sensibilité libérale". C'est leur avis, et je le respecte.

(F.R.)

 

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