Bruxelles, 20/02/2002 (Agence Europe) - Elmar Brok, président de la commission des affaires étrangères du Parlement européen et l'un des représentants du groupe PPE-DE à la Convention sur l'avenir de l'Europe, s'est inquiété mardi de l'attribution de pouvoirs trop importants au Présidium de la Convention. "Un Présidium trop puissant serait contre les intérêts des parlementaires et contraire à la nouvelle méthode qui vise à parlementariser le débat sur l'avenir de l'intégration européenne. C'est pourquoi il faudrait rejeter l'idée d'octroyer au Présidium un rôle trop fort », a dit M. Brok devant quelques journalistes. Pour M. Brok, il s'agit d'une question de légitimité: "Les décisions de la Convention doivent être portées par une majorité des parlementaires qui siègent dans la Convention". M. Brok craint en particulier qu'un Présidium trop puissant tende à faire de la Convention une "Convention d'acclamation plutôt qu'une Convention de travail". La question de ses pouvoirs, des procédures de travail et de la prise de décision devront être clarifiées dès le départ, ce qui ne sera pas chose facile et ce qui pourrait même retarder jusqu'à fin mars le début des véritables travaux de la Convention, estime M. Brok.
L'élu de la CDU a aussi mis en garde contre « l'illusion » de pouvoir aboutir à une constitution européenne « en partant de zéro, d'une feuille blanche » sans prendre comme point de départ les Traités existants, l'acquis communautaire et « le consensus de base qui s'est développé au cours des dernières décennies » en matière d'intégration européenne. « L'expérience historique démontre qu'il n'a jamais été possible de s'accorder sur les termes d'une toute nouvelle Constitution sans bâtir sur ce qui existait avant », sauf après des révolutions ou des guerres, comme ce fut, par exemple, le cas avec la Constitution allemande de 1949 à l'issue de la Deuxième guerre mondiale, a-t-il rappelé. Selon lui, la nouvelle révision des Traités par la CIG qui suivra la Convention devra impérativement être achevée avant les premières adhésions de nouveaux membres de l'UE, c'est-à-dire avant la fin 2003. « C'est une affaire des Quinze. C'est leur tâche de rendre l'Union définitivement prête pour l'élargissement », a dit M. Brok. La CIG de 2003 sera « sans doute la dernière chance » avant longtemps pour réussir un approfondissement de l'intégration européenne. La « pression de l'élargissement » (et le risque accru de blocage de toute tentative de réforme ultérieure dans une Union élargie à 25 ou plus de membres) peut s'avérer utile et positive, a estimé le député. M. Brok a donc plaidé pour une durée « aussi courte que possible » entre la fin des travaux de la Convention et le début de la CIG proprement dite, pour éviter que les résultats de la Convention tombent aux oubliettes avant même d'entamer la CIG. Il est cependant confiant: les travaux de la Convention ne pourront pas être négligés par les chefs d'Etat et de gouvernement, parce que la Convention « continuera formellement à exister » (même après avoir rendu les résultats de ses travaux) et elle demandera d'être continuellement informée sur le progrès des travaux de la CIG. "Les Etats membres devront alors expliquer au public pourquoi ils écartent telle ou telle proposition de la Convention", a souligné M. Brok. Le député a aussi estimé que la représentation allemande au sein de la Convention était un peu "faible" par rapport à d'autres pays membres. Il a notamment regretté que le gouvernement du chancelier Schröder n'ait pas soutenu l'envoi à la Convention Wolfgang Schäuble (ancien président de la CDU) qui, selon lui, aurait eu un "siège garanti" au sein du Présidium (le PPE était d'accord pour lui réserver cette place, a indiqué M. Brok).