Bruxelles, 08/11/2001 (Agence Europe) - Suite à l'annonce du dépôt de bilan de Sabena, la Commissaire aux Affaires sociales Anna Diamantopoulou a souligné, dans une déclaration, que l'on ne pouvait pas "rester indifférent devant une crise sociale d'une telle ampleur", notamment parce que "les marchés du travail deviennent de plus en plus européens, surtout dans des secteurs comme l'aviation civile et les transports aériens". Les crises de l'emploi sont des affaires "d'intérêt communautaire, tous les mécanismes de solidarité doivent jouer leur rôle, et s'ils n'existent pas, il faut les créer", a estimé la Commissaire, pour qui une réponse purement législative à cette crise n'est pas suffisante. Et de poursuivre: "Une gestion prévisionnelle des crises de l'emploi au niveau européen devient indispensable, ainsi que la mobilisation des instruments financiers communautaires. Les Etats membres qui gèrent ces Fonds, tels le Fonds social européen, pourraient réorienter, pour autant que nécessaire, leurs priorités. Face à une crise sociale aussi lourde qui vient s'ajouter aux bilans de pertes d'emploi dans plusieurs Etats membres, en particulier dans ce secteur où il y a eu 25.000 pertes d'emploi ces derniers mois, toutes les institutions européennes et nationales doivent prendre leurs responsabilités, gérer les crises, proposer et adopter des solutions". La Commissaire, qui a déjà reçu les partenaires sociaux du secteur de l'aviation civile (voir EUROPE d'hier, p.15), devrait les rencontrer à nouveau avant le 10 décembre, annonce le communiqué.
Répondant jeudi à une question concernant la directive sur la protection des travailleurs en cas de faillite d'une entreprise, Andrew Fielding, porte-parole de Mme Diamantopoulou, a indiqué qu'il n' y avait, dans le droit communautaire, rien qui oblige une entreprise à informer et consulter ses travailleurs, au cours d'une certaine période, en amont de sa décision d'entrer en procédure de liquidation". Andrew Fielding a précisé que "jusqu'à présent, la Commission n'a été saisie d'aucune plainte de la part des représentants des travailleurs Sabena" et qu' "il n'y avait pas lieu pour l'instant de parler d'infraction au niveau européen".
Le président de la Commission, Romano Prodi, a constaté mercredi devant la presse (à Florence) que la Commission ne peut "rien faire" pour éviter la disparition de la compagnie belge. "Quelque chose d'historique se produit. J'espère que d'autres compagnies reprendront ce rôle et que la crise sera résolue par de nouveaux protagonistes", a-t-il ajouté. M. Prodi s'est dit personnellement affecté par cette crise en déclarant: "Ma vie est liée à Bruxelles, à la Sabena. Maintenant, je suis à terre".
La Commission, en revanche, refuse pour le moment tout commentaire sur la conformité des projets de "nouvelle Sabena", avec les règles européennes sur les aides d'Etat dans les transports aériens. "Il est encore trop tôt pour se prononcer", a déclaré jeudi Gilles Gantelet, porte-parole de la Commissaire aux Transports Loyola de Palacio, en assurant que la Commission a conscience que "les autorités belges font tous les efforts nécessaires pour présenter rapidement des plans". La Commission devra vérifier notamment si la participation éventuelle de l'Etat belge dans la nouvelle entreprise constitue une aide d'Etat et si le crédit-relais pour le "sauvetage" de Sabena autorisé il y a un mois sera utilisé ou non, et sous quelle forme. Il s'agira de contrôler en particulier s'il peut être utilisé par DAT, filiale de Sabena, qui pourrait reprendre les activités de la compagnie nationale belge. La faillite de Sabena "nous affecte tous, mais la Commission a aussi la tâche d'appliquer les règles de manière juste et équitable", a ajouté le porte-parole.
La Commission a donné des preuves de cette volonté "d'impartialité", en faisant savoir qu'elle a adressé mercredi une lettre aux autorités belges pour leur demander des informations sur les accords conclus entre la compagnie irlandaise Ryanair, l'aéroport de Charleroi et la région wallonne, afin de vérifier s'ils contiennent des éléments d'aide d'Etat.