La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a conseillé la prudence budgétaire aux pays de l'Union européenne, jeudi 11 juin à Luxembourg, alors que les ministres des Finances des pays de la zone euro ont discuté de la proposition de la Commission européenne d'octroyer une flexibilité supplémentaire pour que les États membres réduisent davantage leur dépendance vis-à-vis des énergies fossiles (EUROPE 13880/5).
Selon Mme Georgieva, « la Commission a fait de son mieux » pour présenter une disposition à utiliser lors de circonstances exceptionnelles. Notre message est le suivant : « Soyez très prudents ! Nous ne savons pas combien de temps dureront les perturbations dans l'approvisionnement énergétique », a-t-elle souligné. Et pour les pays de la zone euro déjà fortement endettés, « ne dépensez pas l'argent que vous n'avez pas ! »
La discussion sur cette flexibilité budgétaire limitée (0,6% du PIB au total sur trois ans) pour les aides publiques à la transition énergétique se poursuivra vendredi, lors du Conseil 'Écofin'.
Pour le président de l'Eurogroupe, Kyriákos Pierrakákis, la proposition de la Commission est « tout à fait justifiée », car elle offre « une certaine souplesse », en répondant aux besoins en matière d'infrastructures permettant de renforcer « la sécurité de l'UE », tout en restant « ciblée ». Il a relevé que, selon le FMI, l'impact sur l'Eurozone de la flambée des prix énergétiques provoquée par la guerre au Moyen-Orient est plus faible - de l'ordre de 12% - que lors de l'agression militaire russe de l'Ukraine, grâce aux efforts de décarbonation entrepris depuis 2022.
En revanche, la ministre finlandaise, Riikka Purra, s'est inscrite en faux contre la proposition de flexibilité budgétaire. « Si la sécurité énergétique constitue une priorité stratégique, en particulier dans une situation comme celle que nous connaissons actuellement, l'extension de la clause d'exemption nationale aux aides à l'énergie ne doit pas nuire à la crédibilité du cadre budgétaire de l'UE », a-t-elle considéré. Elle s'est prononcée pour accélérer la transition vers les énergies propres, mais par le biais d'une « redéfinition des priorités dans les budgets nationaux ».
Conscient des « inquiétudes » formulées par certains pays et le Comité budgétaire européen vis-à-vis d'une mesure qui favoriserait le laxisme budgétaire (EUROPE 13885/30), le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, a réitéré l'importance pour les États membres de consolider leurs finances publiques, tout en faisant valoir que la flexibilité envisagée demeure « ciblée ».
Si l'institution de l'UE doit encore fournir aux experts du Conseil ses orientations sur les aides énergétiques éligibles pour les ménages et les entreprises, il a évoqué l'électrification du parc automobile, la conversion des systèmes de chauffage, la production d'énergie renouvelable et les investissements dans l'intégration du système énergétique.
Il ne s'agira certainement pas de réduire la fiscalité sur les énergies fossiles, a assuré une source européenne.
Dans son rapport dit 'article IV' sur la situation macroéconomique en zone euro, le FMI a revu à la baisse ses précédentes prévisions de croissance pour l'Eurozone, les ramenant à 0,9% du PIB en 2026 et à 1,2% du PIB en 2027, et à la hausse ses prévisions pour l'inflation, à hauteur de 2,8% en 2026 et 2,3% en 2027.
Voir le rapport du FMI : https://aeur.eu/f/mb3 (Mathieu Bion)