Comme attendu (EUROPE 13863/7), le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 11 juin, de relever de 25 points de base les trois taux d'intérêt directeurs de l'institut monétaire. Les taux d’intérêt de la facilité de dépôt, des opérations principales de refinancement et de la facilité de prêt marginal seront donc fixés respectivement à 2,25, 2,40 et 2,65% à compter de mercredi 17 juin prochain.
« La guerre au Moyen-Orient génère des pressions sur l’inflation, et la décision de relever les taux directeurs est robuste au regard d'un ensemble de scénarios évaluant l’évolution possible du choc et ses répercussions potentielles sur les perspectives à moyen terme pour la zone euro », a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde, jeudi après-midi, lors d'une conférence de presse.
Face aux journalistes, Mme Lagarde a rejeté l'idée selon laquelle cette hausse des taux répondrait à un impératif de crédibilité de l'institut de Francfort. La présidente a souligné que la décision avait été adoptée à l'unanimité par le Conseil des gouverneurs et qu'elle s'inscrivait pleinement dans le mandat de la BCE visant à ramener durablement l'inflation à son objectif de 2% à moyen terme.
Revenant sur une grille d'analyse qu'elle avait présentée en mars, Mme Lagarde a estimé que l'hypothèse d'un choc inflationniste « limité et temporaire » était désormais clairement exclue. Selon elle, l'économie de la zone euro se situe désormais dans un environnement caractérisé soit par un choc énergétique important, mais transitoire, soit par un choc plus durable, susceptible de maintenir l'inflation au-dessus de la cible pendant une période prolongée.
Par ailleurs, la présidente a indiqué que les services de l'Eurosystème avaient actualisé plusieurs scénarios macroéconomiques, allant d'un scénario modéré ('milder') à un scénario sévère ('severe'), en passant par un scénario défavorable ('adverse'), et que la hausse de 25 points de base décidée jeudi apparaissait justifiée dans chacun de ces cas.
« Même dans le scénario le plus modéré, une hausse de 25 points de base reste totalement justifiée », a-t-elle affirmé.
Perspectives. Avec un taux annuel d'inflation estimé à 3,2% en mai dans la zone euro (EUROPE 13879/28), la BCE constate que le choc énergétique commence à se diffuser, notamment au travers des prix des services et des biens hors énergie.
En outre, les prévisions de croissance du PIB ont été revues à la baisse par rapport au mois de mars, les équipes de l'Eurosystème anticipant désormais une croissance moyenne de 0,8% en 2026, de 1,2% en 2027 et de 1,5% en 2028. L’inflation totale, quant à elle, est anticipée en moyenne à 3,0% en 2026, à 2,3% en 2027 et à 2,0% en 2028.
Mme Lagarde n'a fourni aucun signal quant aux décisions futures du Conseil des gouverneurs, qui se réunira la prochaine fois mercredi 22 juillet.
La présidente de la BCE a réaffirmé que les décisions continueraient d'être prises « réunion par réunion », sur la base des données économiques disponibles, sans trajectoire prédéterminée pour les taux d'intérêt.
Selon elle, la hausse de 25 points de base décidée jeudi place néanmoins la BCE « en bonne position pour faire face aux incertitudes et aux évolutions à venir » entourant les perspectives d'inflation et de croissance.
Voir la déclaration de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de la BCE : https://aeur.eu/f/maz (Bernard Denuit)