La Commission européenne estime que 200 milliards d’euros seront nécessaires pour augmenter la capacité des centres de données dédiés au cloud et à l’intelligence artificielle (IA) dans l’Union européenne d’ici 2036, la majeure partie de ces investissements devant provenir du secteur privé. À cela s’ajouteraient 120 milliards d’euros d’investissements publics et privés d’ici 2035 pour le secteur des semi-conducteurs, dont environ 30 milliards d’euros destinés à la création d’une fonderie européenne de pointe pour la fabrication de semi-conducteurs. Enfin, afin de soutenir la mise en œuvre de la 'feuille de route' stratégique sur la numérisation et l’intelligence artificielle dans le secteur énergétique, environ 20 milliards d’euros devront être mobilisés par les investisseurs publics et privés.
Ces estimations figurent dans le projet de paquet législatif sur la souveraineté technologique européenne, que la Commission prévoit de présenter mercredi 3 juin.
Le paquet combine une stratégie 'open source' destinée à renforcer l’autonomie européenne sur l’ensemble de la chaîne technologique, une initiative 'Chips Act 2.0', destinée à stimuler la demande intérieure en semi-conducteurs, ainsi qu’un Acte pour le développement du cloud et de l'IA visant à libérer le potentiel de l’industrie européenne dans ces domaines, ainsi qu'une 'feuille de route' stratégique sur la numérisation et l’IA dans le secteur de l’énergie.
« L’Europe doit mobiliser des investissements stratégiques pour développer l’innovation, déployer des infrastructures critiques et soutenir la croissance de champions technologiques européens », indique un projet de communication de la Commission, dont Agence Europe a obtenu copie.
Celui-ci identifie le futur Fonds européen pour la compétitivité et son volet consacré au leadership numérique comme un « instrument central » pour mobiliser les investissements en faveur de la souveraineté technologique dans le cadre financier pluriannuel (CFP) post-2027 de l’UE.
Comme l’a précédemment rapporté Agence Europe (EUROPE 13877/4), la Commission entend exploiter le potentiel de l’open source pour développer des alternatives européennes et renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe dans les domaines critiques des infrastructures numériques où elle demeure aujourd’hui dépendante.
Selon le projet de stratégie 'open source', afin de couvrir l’ensemble des mesures prévues, « il sera nécessaire de mobiliser un milliard d’euros de financements publics et privés au cours des sept prochaines années ». Parmi les mesures envisagées, la Commission « mobilisera les programmes européens et les marchés publics afin d’aider les initiatives 'open source' à se transformer en modèles économiques durables ».
À court terme, les priorités porteront sur les domaines dans lesquels des alternatives européennes en matière d'open source existent déjà, notamment les infrastructures de cloud et les applications d’environnement de travail numérique, avec pour objectif d’atteindre au moins 30 millions d’utilisateurs actifs d’ici 2030 pour les outils open source de collaboration, de productivité, de messagerie instantanée et de courrier électronique sécurisé.
Grâce à des 'accélérateurs de demande', le Chips Act 2.0 utilisera « les marchés publics d’innovation comme outil stratégique » pour acquérir des technologies de semi-conducteurs « développées dans l’Union ». Le texte, qui met l’accent sur la demande et s’appuie sur l’initiative des méga-usines d’IA (AI Factories), vise à réduire les dépendances extérieures, notamment à la lumière du dossier Nexperia.
Une évaluation des risques en matière de cybersécurité examinera à la fois les vulnérabilités techniques et les obstacles non techniques. Le projet prévoit également la création d’une fonderie européenne destinée à la fabrication de semi-conducteurs avancés de 3 nanomètres et moins, en combinaison avec l’intégration de chipsets et l’assemblage tridimensionnel (3D packaging).
Une production pilote est envisagée entre 2030 et 2033.
De son côté, le futur Cloud and AI Development Act vise à garantir que ces technologies soient développées et utilisées au sein de l’UE, tout en réduisant les risques liés à la dépendance vis-à-vis de pays tiers. Il introduira « l’obligation pour les gouvernements de procéder à des évaluations des risques liés à la souveraineté », afin d’améliorer la résilience, de protéger l’ordre public et de favoriser les alternatives européennes.
Notamment, il prévoit l’introduction d’un « principe de priorité à l’open source » dans l’achat et la passation de marchés publics portant sur les logiciels de cloud et d’IA utilisés par les administrations publiques. En outre, environ 2 milliards d’euros devront être consacrés à la recherche et à l’innovation au niveau européen au cours des sept prochaines années, dans le cadre du Cloud and AI Development Act.
Un projet de règlement délégué et une 'feuille de route' stratégique sur la numérisation et l’IA dans le secteur de l’énergie renforcera la durabilité des centres de données européens et évitera toute forme de 'greenwashing' dans ce domaine, promet la Commission.
Sera introduit un système européen commun d’évaluation de la durabilité des centres de données au moyen de labels électroniques, renforçant ainsi la transparence des performances environnementales de ces centres.
Voir le projet de communication : https://aeur.eu/f/m4z ; et son annexe : https://aeur.eu/f/m50 (Ana Pisonero Hernández, avec Solenn Paulic)