Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a plaidé, lundi 1er juin, lors d’interventions auprès de l’assemblée parlementaire de l’OTAN et de l’EBAN (European Business Angel Network), à Vilnius, pour la mise en place d’un véritable marché unique de la défense.
« Nous n'avons pas de marché unique de la défense. On observe vingt-sept petits marchés, sans possibilité de concurrence à l'échelle européenne », a-t-il regretté.
Le commissaire a expliqué qu’en Europe, jusqu'à 80% de la production des grands groupes d'armement est commandée par les gouvernements et les armées nationales, et jusqu'à 80% de ces commandes sont passées de gré à gré, en vertu de l'exemption 'sécurité' prévue à l'article 346 du traité TFUE, sans appel d'offres public. Ainsi, l’absence de marché unique de défense est due à la protection apportée par les gouvernements nationaux à leurs grands groupes de défense traditionnels et établis, a expliqué M. Kubilius. Et d’ajouter que ces groupes produisent un armement lourd, parfois technologiquement très avancé, une « haute couture » coûteuse et difficile à industrialiser. « Les grands groupes d'armement traditionnels influencent la demande gouvernementale, ce qui leur confère également une forte influence sur les doctrines militaires nationales », a-t-il regretté.
« Sans marché unique de la défense et sans procédures d'acquisition concurrentielles, les start-ups et les PME du secteur de la défense ne pourront jamais se développer pleinement, innover et transformer l'offre, et, en fin de compte, les doctrines militaires de nos pays », a prévenu M. Kubilius, prenant pour exemple le modèle ukrainien. Il a insisté sur le fait que sans un espace dédié aux start-ups et aux PME en Europe, aucune évolution des doctrines militaires ne sera possible. « Il n'y aura pas suffisamment de place pour la prise de risque ni pour les 'business angels' », a-t-il ajouté.
La Commission européenne devrait présenter, fin juin, une communication spéciale sur le développement du marché unique en Europe, selon M. Kubilius.
Au-delà d’un marché unique, le commissaire a appelé à davantage d’investissement privé dans la défense. « Les capitaux privés européens restent à la traîne. 65% des investissements dans les technologies de défense au sein de l'Union européenne proviennent des États-Unis. Et cela nuit à notre autonomie stratégique », a-t-il expliqué.
Soulignant que le Mécanisme d'investissement en fonds propres pour la défense, doté de 175 millions d'euros de fonds propres pour mobiliser 500 millions d'euros de capitaux privés, était un « franc succès », M. Kubilius a annoncé qu’un Mécanisme 2.0 serait lancé plus tard dans l’année, « avec un budget cinq fois supérieur - un milliard d'euros - pour mobiliser encore plus d'investissements privés ». (Camille-Cerise Gessant)