L’ancienne vice-présidente de la Commission européenne chargée des Valeurs et de la Transparence, Věra Jourová, a lancé lundi 1er juin, l’initiative Democracy27, un groupe réunissant anciens responsables politiques, représentants de la société civile et experts, dont l’ambition est de comprendre les raisons de l’érosion de la confiance dans les institutions démocratiques et de formuler des propositions avant une série d’échéances électorales prévues en 2027 dans plusieurs États membres.
« Nous vivons une époque paradoxale », a déclaré Věra Jourová lors de la présentation du projet, au centre de conférence Press Club, à Bruxelles. Ainsi qu’elle l’a avancé, les citoyens continuent de considérer la démocratie comme le meilleur système politique alors qu'une part importante d’entre eux se dit insatisfaite de son fonctionnement.
D’après les données du centre de recherche américain Pew Research Center, auquel se réfère Democracy27, si 77% des Européens considèrent la démocratie comme le meilleur système politique, 64% se disent insatisfaits de la manière dont elle fonctionne.
« Nous devrions mieux connaître les raisons. C’est pour cela que nous sommes ici et que nous voulons comprendre les raisons », a-t-elle affirmé.
Présidé par l’ancienne vice-présidente de la Commission européenne Věra Jourová, le groupe réunit notamment l’ancien Premier ministre irlandais Leo Varadkar, l’ancienne ministre française Najat Vallaud-Belkacem, l’ancienne Médiatrice européenne Emily O’Reilly, le maire allemand Luca Piwodda, la militante française Priscillia Ludosky, la spécialiste des médias Madeleine de Cock Buning et l’écrivain belge David van Reybrouck.
Une première phase sera consacrée à des consultations organisées dans plusieurs pays européens. Avec le slogan 'Time to Listen, Time to Act', le projet prévoit des entretiens avec des citoyens, des représentants de la société civile et des acteurs politiques.
D’après Emily O’Reilly, cette démarche doit permettre de dépasser les analyses produites depuis les institutions. « À moins de parler aux gens (...), il est difficile de les comprendre », a-t-elle déclaré.
Plusieurs membres du groupe ont également évoqué les conséquences des transformations numériques sur le débat public. Ainsi, Najat Vallaud-Belkacem a jugé que les réseaux sociaux avaient aggravé la polarisation des échanges. « Le débat public devient de plus en plus violent, brutal », a-t-elle affirmé en ce sens. Et d’estimer que les algorithmes avaient « industrialisé cette brutalisation et dopé cette désinformation ».
En outre, les problématiques relatives à l’usage de l’intelligence artificielle occuperont également une place prépondérante dans les travaux du groupe. Věra Jourová a déclaré vouloir consacrer une partie importante des réflexions à l’impact des nouvelles technologies sur les systèmes démocratiques : « Nous devons orienter l’intelligence artificielle dans la bonne direction afin qu’elle renforce la démocratie et ne la détruise pas ».
Le rapport final est attendu au premier trimestre 2027.
Selon Leo Varadkar, l’objectif dépasse la publication d’un document supplémentaire. « Nous voulons revenir avec des recommandations, un rapport, une 'feuille de route' qui nous indiquera comment renforcer, améliorer et renouveler notre démocratie pour les décennies à venir », a expliqué l’ancien chef du gouvernement irlandais.
Les membres de Democracy27 espèrent ensuite porter ces propositions auprès des responsables politiques européens et nationaux afin de faire avancer le débat public à l’approche des élections de 2027. (Nithya Paquiry)