Face à l'escalade des tensions au Moyen-Orient, Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, et Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien, accentuent la pression sur l'UE pour anticiper une potentielle 'crise migratoire'.
En marge du sommet européen, qui s'est tenu jeudi 19 mars, les deux cheffes de gouvernement ont adressé une lettre commune à António Costa, président du Conseil européen, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et aux dirigeants des autres États membres pour appeler à un renforcement immédiat des frontières extérieures et à la création d'un mécanisme d'urgence.
Mmes Frederiksen et Meloni ont alerté sur le risque de voir se répéter les flux massifs de 2015-2016, qualifiant une telle perspective de « catastrophe humanitaire » qui menace « la sécurité et la cohésion de notre Union ». Dans ce contexte, elles ont insisté sur la nécessité d'assister les réfugiés et migrants directement dans leurs régions d'origine. « Nous devons immédiatement fournir un soutien suffisant à nos partenaires et aux États d'accueil au Moyen-Orient », écrivent-elles, tout en exhortant la Commission à explorer un « frein d'urgence » activable en cas de force majeure face à des mouvements migratoires de grande ampleur.
La lettre a reçu un accueil globalement favorable, puisque le Conseil européen a intégré ces suggestions dans ses conclusions, à l’issue du sommet. Le document précise désormais que, « sur la base des enseignements tirés de la crise migratoire de 2015 et afin d’éviter une situation similaire, l’UE est prête à mobiliser pleinement ses outils diplomatiques, juridiques, opérationnels et financiers pour prévenir des mouvements migratoires incontrôlés ».
Ces préoccupations avaient déjà trouvé un écho lors d'une réunion informelle avec la Commission européenne, organisée le matin même à l'initiative de l'Italie, du Danemark et des Pays-Bas. Une quinzaine d'États (dont l'Allemagne, la Pologne, la Grèce et l'Autriche) se sont ainsi réunis pour discuter des solutions dites « innovantes » en matière de gestion migratoire. L'objectif central demeure le durcissement du cadre juridique concernant les retours et la sécurisation des frontières face aux potentielles répercussions du conflit régional.
Pour apaiser les craintes des chefs d'État durant la réunion, Ursula von der Leyen a détaillé les axes de travail actuels, incluant le paquet humanitaire de 458 millions d'euros alloué au Moyen-Orient (EUROPE 13829/5) et l'état d'avancement du Règlement ‘Retours’, pour lequel le mandat de négociation du Parlement doit bientôt être voté (EUROPE 13830/9). Les discussions ont également porté sur les concepts actualisés de 'pays d'origine sûrs' et de 'pays tiers sûrs', outils clés pour accélérer les procédures (EUROPE 13814/34).
Les États participants entendent porter cette position commune lors du Forum d'examen sur les migrations internationales, prévu à New York en mai prochain.
Lien vers les conclusions : https://aeur.eu/f/l9l (Justine Manaud)