Magnus Brunner, commissaire européen chargé de la Migration et des Affaires intérieures, a présenté devant la commission des Libertés civiles du Parlement européen, jeudi 19 mars, les axes majeurs de la future réforme d’Europol. Face à des réseaux criminels agissant comme des « multinationales » dotées de leurs propres « départements IT », la Commission entend faire de l'agence un acteur « véritablement opérationnel » dans le contexte géopolitique mondial.
Selon M. Brunner, le mandat à venir doit se construire autour de quatre priorités : - combler les lacunes informationnelles en faisant du partage de données « une option par défaut » ; - fournir un soutien opérationnel direct aux enquêteurs nationaux ; - remporter « la course à l'armement technologique » ; - renforcer la coopération avec des pays tiers. Pour soutenir ces ambitions, il propose de « doubler le budget d’Europol ».
Tomas Tobé (PPE, suédois) a rejoint le commissaire sur l'urgence d'une réponse européenne forte, soulignant que, dans son pays, « environ 600 criminels dirigent la criminalité organisée grave depuis l'étranger ».
Sur le plan technique, Fabrice Leggeri (PfE, français) a appelé à « libérer Europol de la charge administrative » et des excès de réglementation. Il s’est particulièrement inquiété des potentielles réactions du Contrôleur européen de la protection des données qui, d’après lui, pourraient mettre « un coup d'arrêt à la coopération » entre Europol et d'autres entités.
La question du partage d'informations sensibles à une échelle transnationale reste pourtant une préoccupation importante à l'échelle même de la commission parlementaire, comme l’avaient déjà montré les échanges avec le directeur adjoint d’Europol le mois dernier (EUROPE 13815/20).
Saskia Bricmont (Verts/ALE, belge) a ainsi rappelé que toute coopération transnationale sur les bases de données doit se faire « sans miner les garanties de protection », plaidant pour « un contrôle démocratique et une surveillance renforcés », proportionnels aux nouveaux pouvoirs de l'agence. De même, Giuseppe Antoci (La Gauche, italien) s’est soucié de la préservation de « l'équilibre entre la protection de la vie privée et le travail à accomplir sur les 'chats' cryptés, mais aussi sur les cryptomonnaies ».
En réponse, M. Brunner a affirmé que l'accès des enquêteurs européens aux données personnelles était crucial pour l'efficacité des investigations. Il a également assuré que son objectif n'était pas de faire d'Europol un « FBI européen qui débarque chez vous », mais simplement de fournir un appui solide aux États membres. (Justine Manaud)