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Bulletin Quotidien Europe N° 13816
ACTION EXTÉRIEURE / Interview liberia

Pour les investisseurs européens, « il y a encore beaucoup de potentiel à explorer », estime l'ambassadrice de l'UE, Nona Deprez

Le Liberia entend rompre avec le modèle d'aide 'donateur-récipiendaire' pour s'affirmer comme une destination attractive pour les capitaux privés étrangers (EUROPE 13815/7). Le pays s’est doté d’un plan national de développement à l’horizon 2029 et mise sur l’Union européenne - avec laquelle il co-organisait, mardi 24 et mercredi 25 février à Bruxelles, un premier forum d’affaires - pour accompagner et accélérer la mise en œuvre de son agenda de transformation.

Dans un entretien accordé mardi à Agence Europe, l’ambassadrice de l’Union européenne au Liberia, Nona Deprez, détaille les opportunités et les défis persistants dans ce pays d'Afrique de l'Ouest. (Propos recueillis par Bernard Denuit)

Agence Europe - Comment le Liberia s’est-il développé ces dernières années afin de favoriser un environnement propice aux affaires ?

Le Liberia a traversé une terrible guerre civile qui a duré longtemps, au cours de laquelle la plupart des infrastructures ont été détruites : routes, hydroélectricité, eau, assainissement. Depuis la fin de la guerre en 2003, le Liberia est donc en reconstruction. Mais cela prend du temps, bien sûr, de reconstruire ces infrastructures.

Sous la présidence d’Ellen Johnson Sirleaf, il y a d’abord eu l’allègement de la dette. Ensuite, il a fallu trouver des financements, bien sûr, puis lancer les appels d’offres, puis construire. Puis il y a eu Ebola, qui a également tout arrêté pendant environ un an. Ensuite, il y a eu la COVID-19. Pour vous donner un exemple, Mount Coffee, la centrale hydroélectrique actuellement utilisée au Liberia, qui existait avant la guerre, n’a été rouverte qu’en 2015.

Aujourd’hui, le Liberia a toujours un besoin important en énergie, en infrastructures routières, en eau et en assainissement. Le Liberia est très pauvre. Nous avons une population qui croît très rapidement. C’est un pays démocratique et stable, et c’est très important. Ce gouvernement essaie réellement d’améliorer l’environnement des affaires en matière de transparence, de responsabilité et d’État de droit.

Comment le financement public de l’UE catalyse-t-il l’investissement privé et quels ont été les principaux investissements récents de l’Union européenne ?

Récemment, nous avons continué ce que l’on pourrait appeler la coopération traditionnelle. Vous avez entendu ce matin parler de l’EFTP (Technical and Vocational Education and Training - TVET), l’enseignement et la formation techniques et professionnels. L’UE et ses États membres ont fortement investi dans l’EFTP, qui est essentiel pour disposer d’une main-d’œuvre qualifiée.

Nous avons également investi dans les routes, l’UE combinant une subvention avec des prêts de la Banque européenne d’investissement. Nous avons bien sûr aussi été parmi les premiers investisseurs dans le projet hydroélectrique de Mount Coffee. Nous avons financé la distribution d’électricité à Monrovia et nous procédons actuellement à l’électrification de trois villes dans le sud-est.

Nous voulons faire davantage. Nous espérons qu’à travers ce forum d’affaires, nous pourrons finaliser les décisions gouvernementales concernant les projets hydroélectriques et routiers à privilégier.

Le Liberia veut s’éloigner du modèle traditionnel 'donateur-bénéficiaire' de l’aide au développement. Comment garantir que les investissements privés contribuent au développement et bénéficient à la population locale ?

Le Liberia accorde une grande importance à l’emploi local. Chaque fois que le Liberia accorde une concession à une entreprise étrangère, il doit s’assurer qu’elle recrute des Libériens. Non seulement ces entreprises recrutent des Libériens, mais elles les forment. Elles vont recruter dans les écoles. Elles disposent de leurs propres écoles d’EFTP afin de s’assurer de disposer d’une main-d’œuvre qualifiée. Elles les forment, puis les embauchent immédiatement afin d’avoir du personnel formé. Ce n’est qu’un exemple, mais la plupart des entreprises font cela au Liberia. C’est également le cas de Socfin, l’entreprise agricole [luxembourgeoise, NDLR] présente au Liberia, qui produit du caoutchouc.

La Commission européenne promeut des partenariats d'intérêts mutuels ('win-win partnerships'). Quelle est l’importance stratégique du Liberia pour l’Union ?

Vous savez, moi je suis l’ambassadrice de l’UE, donc le Liberia est très stratégique... Mais je dirais que le Liberia est plutôt un pays d’investissement de type frontalier ('frontier investment'). Il y a encore beaucoup de potentiel à explorer, mais une grande partie n’a pas encore été exploitée. Par exemple, il n’existe actuellement aucune étude géologique complète du Liberia. J’encouragerais donc les entreprises européennes à venir, à réaliser des études géologiques et à bénéficier, dans le cadre d’un partenariat équitable, des ressources du Liberia combinées avec les capacités de l’Europe.

Quels sont les principaux obstacles qui freinent aujourd'hui les investisseurs ?

Ils sont nombreux. Les infrastructures : routes, énergie. Si vous investissez aujourd’hui au Liberia, la production d’électricité de la compagnie nationale est insuffisante. Vous devez apporter vos propres générateurs, ce qui est très coûteux. Le coût de l’énergie est donc très élevé. Les routes sont en très mauvais état. Une partie du pays n’est pas accessible pendant la saison des pluies. Il y a de la congestion au port. Ce sont des défis structurels.

En ce qui concerne le cadre réglementaire, il s’améliore. Récemment, le gouvernement du Liberia a adopté une réglementation sur les partenariats public-privé, qui n’existait pas auparavant. Ce gouvernement essaie également d’améliorer le climat des affaires. Il serait souhaitable que le Liberia mette en place un guichet unique, mais ce n’est pas encore le cas. De nombreuses améliorations restent possibles.

Et en matière de lutte contre la corruption et le renforcement de la bonne gouvernance, que fait l'UE ?

Nous disposons d’un programme de développement du secteur privé. (...) Nous avons aussi un programme d’appui à la gestion des finances publiques, dans le cadre duquel nous fournissons un renforcement des capacités et une assistance technique à toutes les institutions d’intégrité au Liberia.

On observe une instabilité croissante au Sahel, notamment au Mali (EUROPE 13715/19, 13743/13). Est-ce une source d’inquiétude pour un pays comme le Liberia ?

Pour le moment, le Liberia est très sûr. Il n’y a pas de problèmes de sécurité majeurs. Mais évidemment, il n'y a qu'un pays qui sépare le Liberia du Sahel (la Côte d’Ivoire au sud et la Guinée au nord, NDLR). Oui, il existe un risque de débordement ('spill-over'). Il y a une menace de contagion. Les forces de sécurité libériennes sont vulnérables parce qu’elles sont peu nombreuses.

Comment s'opère la coopération 'UE-Liberia' pour prévenir un éventuel débordement susceptible d’affecter les frontières du pays et son climat d’investissement ?

Nous travaillons avec le Liberia sur la sécurité maritime. Nous travaillons sur la sécurité maritime régionale dans le cadre de la CEDEAO et de l’architecture de Yaoundé. Nous assurons une présence maritime coordonnée de nos États membres [de l'UE], avec des navires qui effectuent des escales à Monrovia et assurent une surveillance en mer. C’est un premier domaine d’action.

Le Liberia est actuellement membre du Conseil de sécurité des Nations unies. Par l’intermédiaire de notre représentant spécial de l’UE pour le Sahel, Son Excellence João Cravinho, nous sommes en contact étroit.

Le Liberia est un acteur important dans le cadre de ce que nous appelons l’« Union du fleuve Mano » - Côte d’Ivoire, Liberia, Guinée, Sierra Leone - une sorte de sous-ensemble de la CEDEAO. Le Liberia est également un acteur clé au sein de la CEDEAO. Il est donc important pour nous d’entretenir ce dialogue.

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