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Bulletin Quotidien Europe N° 13715
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ACTION EXTÉRIEURE / Afrique

L'UE préoccupée par la propagation de l'insécurité sahélienne vers l'Ouest

« La propagation de l’insécurité du Sahel vers les États côtiers septentrionaux du Golfe de Guinée est une préoccupation majeure » pour l’Union européenne, a indiqué, lundi 22 septembre, un porte-parole de l’UE interrogé par Agence Europe sur la menace que fait peser, en Afrique de l’Ouest, le groupe terroriste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda.

« L’UE réfléchit actuellement à la manière dont elle peut renouveler son approche du Sahel afin de contribuer à la paix, à la sécurité et au développement et de protéger les intérêts de l’UE, à un moment de profondes transformations dans la région », a précisé le porte-parole.

Kayes et le risque de contagion régionale. Des recherches menées ces derniers mois par l’institut Timbuktu, centre africain d’études sur la paix basé à Dakar (Sénégal), ont mis en évidence l’augmentation « exponentielle » des activités du JNIM à Kayes, carrefour économique et migratoire de la région frontalière du Mali avec la Guinée, la Mauritanie et le Sénégal.

Selon l’institut, les attaques récurrentes d’infrastructures vitales dans cette zone visent à étouffer économiquement Bamako et à accélérer le retrait de l’État malien. Mais, dans le même temps, le groupe terroriste étend ses opérations au-delà du Mali, avec des zones sous contrôle au Burkina Faso et au Niger, des incursions signalées au Bénin, au Togo et en Côte d’Ivoire et désormais des tentatives d’infiltration de la Mauritanie et du Sénégal.

Un « jihad » économique dans une zone transfrontalière fragile, alimenté par des tensions communautaires. « Le JNIM a déjà infiltré de manière illicite des secteurs économiques clés, tels que l'exploitation forestière et minière, qui dépendent des échanges avec la Mauritanie et le Sénégal. Les intérêts du JNIM dans ces secteurs lui permettent d'établir des réseaux transfrontaliers », a souligné l’institut dans un communiqué.

Le Dr. Bakary Sambe, directeur des recherches, plaide pour une coopération régionale renforcée, qui dépasse un cadre strictement sécuritaire et qui soit fondée sur le partage du renseignement, la sécurisation des axes de transport, ainsi que sur des stratégies préventives visant à contrer l’exploitation des fractures sociales par le JNIM.

Le groupe terroriste tire parti des fragilités socioéconomiques persistantes, alimentées par le chômage massif des jeunes et l’exploitation aurifère intensive par des compagnies étrangères. La porosité des frontières favorise l’expansion de réseaux criminels transnationaux, tandis que le faible niveau de sensibilisation au sein des populations et la propagation du salafisme comme matrice idéologique constituent autant de vulnérabilités que le JNIM instrumentalise pour étendre son influence.

« L'Europe ne peut se défausser ». Face à cette situation, « l’Europe ne peut se défausser », a affirmé M. Sambe lors d'une conférence organisée mercredi 10 septembre à Bruxelles, observant que les partenaires européens concentrent davantage leur attention sur l’est du continent africain. De son côté, l'UE assure mettre en œuvre « une réponse intégrée » pour soutenir les États côtiers menacés en Afrique de l'Ouest.

« L’approche de l’UE est holistique, combinant dialogue politique, soutien aux forces de sécurité et de défense, initiatives pour promouvoir la résilience et la cohésion sociale, investissements dans le développement socioéconomique, aide humanitaire, actions de communication et lutte contre la désinformation », a assuré le porte-parole de l'UE, soulignant le partenariat « solide » avec la Mauritanie (EUROPE 13549/24) et le Sénégal (EUROPE 13676/32).

Les corridors stratégiques de l'UE menacés ? Dans un rapport publié en août par les services de recherche de la Commission européenne, une série de corridors ouest-africains situés à proximité de la région de Kayes a été identifiée comme « potentiellement très productive » pour de futurs investissements 'Global Gateway' (EUROPE 13695/7).

Deux corridors sont côtiers (Praia-Dakar-Abidjan et Abidjan-Lagos) et deux autres sont des corridors « arrière-pays-ports » liant le Burkina Faso et le Niger vers les ports maritimes d’Abidjan et de Cotonou, respectivement. « Pour ces deux derniers, la sécurité de ces routes économiques et la résilience des populations locales face aux pressions jihadistes vont de pair », a souligné le porte-parole de l'UE. 

« La Commission européenne entreprend et envisage, le long de ces corridors, une série d’investissements à la fois dans des infrastructures 'dures' (...) et dans des mesures 'souples' pour faciliter le transport et le commerce. Dans ce cadre, la sécurité des personnes et du transit des marchandises est prise en compte grâce au renforcement des capacités et au soutien logistique aux forces de sécurité actives sur ces corridors », a-t-il notamment précisé.

Voir le rapport de l'institut Timbuktu sur le JNIM à Kayes : https://aeur.eu/f/ike  ; et celui sur la zone des trois frontières du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal : https://aeur.eu/f/ikf  (Bernard Denuit)

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