Les différents points abordés par les ministres et représentants européens pour le Commerce, vendredi 20 février à Nicosie, dans le cadre d'une réunion informelle, s’inscrivent dans l’élan actuel d’ouverture aux partenariats commerciaux à travers le monde, face aux puissances chinoise et américaine. Ils s’articulent également dans le narratif contraire, dit « protectionniste », qui consiste à développer la base industrielle de l’UE, en prônant le 'Made in Europe'.
Chine. En haut de l’agenda figuraient les relations commerciales entre l’UE et la Chine, toujours houleuses. L’UE joue l’équilibriste avec Pékin depuis des années, ayant adopté une stratégie de 'de-risking', alors qu’elle condamne toujours les pratiques jugées déloyales de son partenaire/rival.
Si un consensus semble se dégager sur la nécessité d’adopter une approche plus pragmatique, mais toujours très prudente pour résoudre les déséquilibres commerciaux, d’autres se montrent plus assertifs et souhaitent revoir la stratégie de l’UE vis-à-vis de la Chine.
C’est le cas du ministre lituanien des Affaires étrangères, Kęstutis Budrys, qui n’a pas hésité à employer le terme de « découplage » des relations, tandis que le secrétaire d’État polonais, Michał Baranowski, a rappelé qu'il existait « des domaines dans lesquels nous pouvons coopérer de manière proactive ».
Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a choisi, quant à lui, le terme « recalibrage ». « Le déficit commercial pour l'année dernière s'élève à 360 milliards. Cela n'est tout simplement pas viable à long terme », a-t-il reconnu.
'Made in Europe'. Plusieurs États membres ont aussi fermement insisté sur la nécessité de déployer les partenariats à travers le monde afin de renforcer la compétitivité interne.
« Nous devons garder à l'esprit que l'ouverture (commerciale) doit rester une priorité », a estimé David Müller, directeur général au ministère tchèque de l'Industrie et du Commerce. Toutefois, il n’oppose pas cette direction politique à celle de la préférence européenne pour les marchés publics.
L’Espagne a parlé de « valeur ajoutée en Europe », rappelant que l’UE ne faisait qu'entamer la discussion sur la préférence européenne pour le soutien public à son industrie. Maria Amparo Lopez Senovilla, secrétaire d’État espagnole au Commerce, a dit attendre plus de visibilité sur la proposition d’'Acte pour l’accélération industrielle', dont la publication a été plusieurs fois repoussée (EUROPE 13810/6).
États-Unis. Les relations commerciales avec les États-Unis ne figuraient pas à l’agenda, mais, sans surprise, ont été mentionnées plusieurs fois au cours de la journée.
Le rapporteur permanent pour les relations UE/États-Unis au Parlement européen, Bernd Lange, a pris part au déjeuner de travail entre ministres et a fait le point sur une série de dossiers en cours, dont les négociations au PE sur les deux règlements encadrant la baisse ou la suppression de tarifs douaniers sur une série de produits américains (EUROPE 13812/1). Ceux-ci découlent de l’accord de commerce entre l’UE et les États-Unis, conclu à l’été 2025.
Pour une série d’États membres, il est nécessaire de conclure ces négociations le plus rapidement possible.
« Je préférerais une prévisibilité à long terme ; donc, je ne suis pas sûr que la clause de suspension soit vraiment avantageuse pour nous », a déclaré Michał Baranowski, en référence à la position du Parlement européen, en cours de négociation, qui consiste notamment à introduire une suspension du règlement principal, d'ici fin mars 2028 (EUROPE 13805/14).
Réforme de l’OMC. Face aux velléités chinoises et américaines, l’Union européenne veut se poser en force de stabilité et de prévisibilité sur le plan commercial, respectant les règles de l’OMC.
Il est question, lors de la 14e réunion ministérielle à Yaoundé (Cameroun), fin mars, d’entamer un processus de modernisation de l’Organisation.
Les États membres ont semblé unanimes sur la question : une réforme est essentielle, « si nous voulons un système qui soit équitable, prévisible et capable de répondre aux réalités d'aujourd'hui », a déclaré Michael Damianos, ministre chypriote de l’Énergie, du Commerce et de l’Industrie.
Accélération des accords de libre-échange. L’UE cherche aussi à réformer son processus de révision légale et de traduction en 24 langues des accords de libre-échange.
Maroš Šefčovič souhaite réduire la durée de ce processus à moins d’un an, regrettant les sommes perdues à cause de la lenteur de la mise en application de ces accords.
Il a fait ainsi directement référence aux données relayées par BusinessEurope, qui indiquent qu’entre 2021 et 2025, l'UE aurait perdu 183 milliards d'euros en exportations à cause du report de l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur (EUROPE 13792/2).
Il aimerait donc tester une approche « accélérée » pilote avec les accords de libre-échange conclus avec l'Inde et l’Indonésie, possiblement en choisissant l’anglais comme langue de référence, pour accélérer le processus.
« Sur les sept ou huit États membres qui sont intervenus, tous ont soutenu cette approche accélérée », s’est félicité M. Šefčovič, qui compte partager davantage de détails prochainement. (Pauline Denys)