Bataille parlementaire, ou coup politique ? Ce qui est certain, c'est que le rapport sur la souveraineté européenne, à l'origine porté par la députée ENS Sarah Knafo (française), aura provoqué quelques contorsions au sein du Parlement européen (EUROPE 13601/16).
Adopté par 471 voix pour - dont celle de sa rapportrice -, 68 contre et 71 abstentions, il a connu un parcours rocambolesque. Voté en juin dernier en commission de l'industrie (ITRE), il avait d'abord fait l'objet d'une réécriture presque totale. Les députés du PPE, du S&D, de Renew Europe et des Verts/ALE ont rédigé, sous la forme d'un amendement unique porté au vote, un rapport 'parallèle' pour évincer l'extrême droite du texte (EUROPE 13652/10).
Dans ses grandes lignes, la version amendée du document appelle à une politique industrielle européenne globale et aborde un ensemble bien plus large de problématiques liées au numérique et à la technologie : 5G/6G, intelligence artificielle, connexion par satellite, infrastructures de réseau, sécurité des câbles et des réseaux de communication, centres de données, services 'en nuage' ('cloud'), cybersécurité et simplification…
Amendement largement adopté en commission de l'industrie et qui a conduit à une situation pour le moins particulière : le rapport, dont Sarah Knafo revendique toujours la paternité, ne comporte plus aucune ligne de sa main.
Son vote au Parlement européen est donc devenu un dilemme pour les groupes les plus modérés : comment voter en faveur d'un texte revendiqué et porté par l'extrême droite, mais dont le contenu final a été rédigé par des députés issus de leurs rangs ?
Une parade a donc été trouvée : l'introduction, par un amendement, d'un considérant faisant explicitement référence aux partis européens d'extrême droite, dont le parti français Reconquête dont est issue Sarah Knafo, comme étant des menaces pour l'Union européenne.
Ce considérant, qui « dénonce le soutien offert par certains partis politiques – tels que l’AfD, Reconquête, le Fidesz ou Konfederacja – qui relaient des discours émanant de l’extérieur de l’Union et affaiblissent la législation numérique et les valeurs démocratiques de l’Union européenne », a été adopté par 426 voix pour, 180 contre et 24 abstentions.
Résultat abracadabrant, le rapport final, dont Sarah Knafo salue l'adoption sur son compte X, intègre finalement un passage dénonçant les activités de son propre parti politique. « Un cas rare de dissonance cognitive », a ainsi ironisé l'eurodéputé Pierre Jouvet (S&D, français), en réponse.
Voir le rapport voté : https://aeur.eu/f/kcn (Isalia Stieffatre)