L’amiral Giuseppe Cavo Dragone, chef du comité militaire de l’OTAN, a souligné, jeudi 22 janvier, que les Groenlandais ne devaient pas s’inquiéter de la situation actuelle, expliquant que des négociations étaient en cours entre Américains, Danois et Groenlandais.
« Des négociations sont en cours, il y a des discussions au niveau politique. Les Groenlandais ne devraient pas avoir peur », a-t-il expliqué à l’issue d’une réunion des chefs d’État major à l’OTAN. La veille, à Davos, le président américain, Donald Trump, avait annoncé qu’il n’utiliserait pas la force pour obtenir le Groenland (EUROPE 13791/1).
Donald Trump avait ultérieurement annoncé sur Truth Social qu’au cours d'une réunion « très productive » avec le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, le cadre d’un « futur accord concernant le Groenland et, en réalité, toute la région arctique », avait été conçu. À des journalistes, il a précisé que le projet d’accord donnait à son pays « tout ce qu’il voulait » « pour toujours ».
L’accord porterait sur deux axes : l’un sur la sécurité de l’Arctique et l’autre, plus trilatéral, entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland sur le traité de défense de 1951 entre le Danemark et les États-Unis. À son arrivée au sommet, la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a rappelé qu'elle avait proposé aux Américains, il y a un an, de discuter de cet accord, mais que cela devait se faire dans un cadre où le Danemark est un État souverain. Elle a espéré trouver une solution politique dans un cadre démocratique et de coopération entre Alliés.
Jeudi matin, le Secrétaire général de l’OTAN a expliqué avoir eu une « très bonne discussion » avec les Américains sur ce que l’OTAN peut faire collectivement et les pays dits nordiques (États-Unis, Canada, Islande, Danemark, Suède, Finlande et Norvège), en particulier, pour que l’Arctique reste sûr et exempt de l'influence de la Russie et de la Chine, que ce soit économiquement ou militairement parlant.
Selon M. Rutte, « il ne s’agit pas du Groenland ou de l’Arctique, mais de comment se protéger contre nos adversaires ».
À Bruxelles, le commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), le Général Alexus G. Grynkewich, a expliqué qu’un des changements les plus préoccupants dans la région était une coopération accrue entre la Chine et la Russie. « Nous l'avons constaté ces dernières années, tant dans le domaine maritime avec une intensification des patrouilles communes que dans le domaine aérien avec des patrouilles communes de plus en plus longues. Leur activité commune est donc en nette augmentation », a-t-il détaillé à l'issue d'une réunion des chefs d'état-major.
Interrogé sur le cadre de l’accord entre les États-Unis et le Danemark, l’Amiral Giuseppe Cavo Dragone a précisé que les militaires n’avaient pas encore reçu les « directives ». « Nous n'en sommes qu'aux prémisses », a-t-il expliqué, précisant que l’OTAN se tenait prête à renforcer la sécurité en Arctique et au Groenland.
Si une mission de l’OTAN, 'Arctic Sentry', a été évoquée au niveau politique, une source de l’OTAN a précisé que cela n’avait pas été discuté au niveau militaire.
« Aucune planification n'a démarré pour l'instant, mais nous sommes prêts », a-t-il expliqué, ajoutant ne pas avoir reçu de consignes politiques pour avancer en ce sens. Alors que des exercices militaires planifiés de longue date auront lieu dans l’Arctique dans les mois à venir, aucune mission additionnelle, en raison de la situation actuelle, n’est prévue. Aucune opération n’est prévue au Groenland, a ajouté le SACEUR.
En amont du Conseil européen exceptionnel convoqué jeudi 22 janvier, le président du Conseil européen, António Costa, s’est entretenu longuement avec le secrétaire général de l’OTAN et la Première ministre danoise pour être informé des discussions en cours avec les États-Unis, selon une source européenne. Cette source a rappelé que l’intégrité territoriale des États membres de l’UE était « un principe fondamental de l'Union ». (Camille-Cerise Gessant avec la rédaction)