Sans surprise, le Parlement européen a rejeté, jeudi 22 janvier, la motion de censure visant la Commission 'von der Leyen II' qu'avait déposé le groupe d'extrême droite PfE pour dénoncer la signature de l'accord commercial UE/Mercosur et la trahison de l'Europe vis-à-vis des agriculteurs (165 voix pour, 390 voix contre, 10 abstentions) (EUROPE 13788/13).
Ont principalement voté en faveur de la censure les groupes d'extrême droite PfE et ENS, ainsi que les délégations polonaise et française. Ayant déposé une motion de censure (EUROPE 13727/1), le groupe La Gauche n'a pas participé au vote, à quelques exceptions près, refusant de donner du crédit à cette initiative.
Lundi 19 janvier au soir, le débat en session plénière sur la motion de censure a vu le Mercosur apparaître comme un fil rouge du mécontentement envers la présidente de la Commission européenne.
Tour à tour accusée d'avoir trahi les intérêts des agriculteurs européens, de les accabler de normes bureaucratiques et de les mettre en concurrence déloyale, Ursula von der Leyen a été lourdement critiquée par plusieurs eurodéputés, majoritairement issus de l'extrême droite et de la gauche radicale.
D'autres élus, plus modérés, ont aussi profité du débat pour réitérer leur opposition à l'accord de libre-échange avec quatre pays d'Amérique du Sud.
« Cette motion est un leurre, un simulacre, une parodie de résistance. Mais, si elle existe aujourd’hui, c’est bien parce que la Commission a failli », a déclaré Marie Toussaint (Verts/ALE, française). Selon elle, le Mercosur est « incompatible avec les objectifs climatiques » de l’Union et ne résoudra rien à l’enjeu majeur de la souveraineté européenne, a-t-elle ajouté.
La présidente de la Commission a pu compter sur le soutien de sa famille politique chrétienne-démocrate, rassemblée au sein du groupe PPE. « Nous sommes au cœur d'une tempête mondiale et ce n'est pas le moment de se livrer à du sabotage politique. Trop souvent, les extrêmes de cette Assemblée tentent de bloquer les solutions européennes communes, veillent à ce que les problèmes restent sans solution, puis utilisent ces questions comme des armes à des fins politiques. Ce n'est pas de l'opposition, c'est une stratégie d'autodestruction », a martelé Jeroen Lenaers (PPE, néerlandais).
Si la motion de censure a échoué, mercredi, le Parlement a décidé, à une courte majorité, de saisir la Cour de justice de l'UE pour qu'elle statue sur la compatibilité de l'accord UE/Mercosur avec le droit de l'UE. (Isalia Stieffatre et Mathieu Bion)