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Bulletin Quotidien Europe N° 13763
Invasion Russe de l'Ukraine / Ukraine

La semaine s’annonce cruciale pour l’Ukraine, selon Kaja Kallas

Á l'occasion du Conseil 'Défense' à Bruxelles, la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, a estimé, lundi 1er décembre, que la semaine s’annonçait cruciale concernant les efforts pour la paix en Ukraine. Dans le même temps, l'envoyé spécial des États-Unis, Steve Witkoff, s'entretenait avec le président ukrainien et plusieurs dirigeants européens par téléphone, avant de se rendre ce mardi à Moscou. 

« Cela pourrait être une semaine cruciale pour la diplomatie », a expliqué Mme Kallas, ajoutant que les discussions aux États-Unis étaient difficiles, mais productives.

Les Ukrainiens sont « seuls » aux discussions, alors que « s'ils étaient avec les Européens, ils seraient certainement beaucoup plus forts. Mais je fais confiance aux Ukrainiens pour se défendre eux-mêmes », a-t-elle ajouté, tout en ajoutant craindre que toute la pression ne repose sur la « victime, à savoir que l'Ukraine doive faire des concessions et accepter des obligations ».

« Nous avons une position européenne unifiée, qui stipule clairement qu'aucune décision concernant l'Ukraine ne peut être prise sans que l'Ukraine soit associée à la discussion, sans que l'Ukraine se prononce sur sa souveraineté territoriale. Cette position européenne unifiée est nécessaire, car elle concerne également notre architecture de sécurité européenne et la structure de l'OTAN en Europe », a rappelé l'Allemand Sebastian Hartmann. Le Danois Troels Lund Poulsen a rappelé que le maintien du soutien militaire à l’Ukraine et les garanties de sécurité étaient liés : « Une garantie de sécurité solide est précisément ce qui peut aussi contribuer à contraindre les Russes à une paix durable ou, du moins, à un cessez-le-feu ».

Les discussions de paix sont difficiles, plusieurs ministres soulignant le manque de volonté de la Russie, qui continue d'attaquer les infrastructures civiles ukrainiennes quotidiennement.

« Il est clair que la Russie ne veut pas la paix et, par conséquent, nous devons rendre l'Ukraine aussi forte que possible afin qu'elle soit prête à se défendre dans cette période très, très difficile », a estimé Mme Kallas. Selon elle, « plus l'Ukraine est forte sur le champ de bataille, plus elle est en position de force lors des négociations ». « Si la Russie sait que l'Ukraine peut compter sur un soutien solide, aujourd'hui comme demain, cela l'incitera davantage à faire des compromis », a aussi estimé le ministre néerlandais, Ruben Brekelmans.

Poursuite du soutien militaire. Le Conseil a donc mis en avant la nécessité de fournir les équipements dont Kiev a besoin.

« Nous devons tout faire pour permettre à l’Ukraine de développer davantage sa défense aérienne et pour garantir la disponibilité des munitions », a souligné Sebastian Hartmann. Ruben Brekelmans a annoncé, à son arrivée, un nouveau soutien de 250 millions d’euros versés à l’initiative PURL ('Prioritised Ukraine Requirements List'). « C'est principalement parce que c'est le seul moyen d'obtenir rapidement des munitions de défense aérienne supplémentaires, ainsi que des munitions pour les F-16, dont l'Ukraine a un besoin urgent. Et aussi toute sorte d'autres équipements provenant des stocks américains », s’est justifié le ministre.

Le Conseil est aussi revenu sur la coopération industrielle de défense avec l'Ukraine. « Nous avons discuté des moyens de mobiliser des financements privés supplémentaires, notamment par le biais de la Banque européenne d'investissement. L'Europe et l'Ukraine doivent construire, produire et innover ensemble », a souligné Mme Kallas.

En marge du Conseil, les Pays-Bas et l'Ukraine ont signé un accord pour la production en commun de drones ukrainiens, avec l'implantation de lignes de production sur les deux territoires.

Financer le soutien à l’Ukraine. Les ministres ont aussi plaidé pour des progrès dans le financement du soutien à l’Ukraine. « Un financement solide pour l'Ukraine est essentiel. En octobre, les dirigeants de l'UE ont accepté de financer l'Ukraine pour les deux prochaines années. Les ministres ont insisté aujourd'hui sur la nécessité de s'entendre d'urgence sur les options de financement. Un financement pluriannuel changerait la donne pour la défense de l'Ukraine », a estimé Mme Kallas.

La veille, la Belgique avait réaffirmé son opposition au prêt 'Reparation Loan' (EUROPE 13762/3). Selon la Haute Représentante, ces prêts renforceraient « sans aucun doute » la position européenne face à Moscou. « Nous devons avancer sur ce dossier. Il est évident que la Russie doit des réparations pour les dommages causés à l'Ukraine et un prêt de réparation basé sur les avoirs souverains gelés russes constitue une base appropriée », a-t-elle expliqué, tout en précisant ne pas vouloir minimiser les risques et les inquiétudes belges.

Selon Mme Kallas, un accord sur ces prêts enverrait « un triple message : un message très fort à l'Ukraine, lui montrant que nous sommes là pour l'aider à se défendre ; un deuxième message à Moscou, lui signifiant qu'elle ne peut pas nous 'survivre' ; et un troisième message à Washington, lui montrant que nous prenons des mesures très fermes et crédibles ». Mme Kallas a aussi rappelé qu’il n’y avait pas non plus d’unanimité sur l'émission d'euro-obligations ou une levée de capitaux commune.

Troels Lund Poulsen a mis en avant « la nécessité de trouver un modèle pour libérer ces quelque 140 milliards d’euros, qui constituent une part importante de la garantie de sécurité de l’Ukraine dans les années à venir, car cela lui permet de résister à la pression militaire qu’elle subit de la part de la Russie ».

Des prêts dont l’utilisation doit être décidée par les Ukrainiens, selon le ministre suédois, Pål Jonson. « C'est absolument crucial. Personne ne connaît mieux les besoins de l'Ukraine que les Ukrainiens eux-mêmes », a-t-il expliqué alors que certains États membres souhaiteraient que l’argent aide l’Ukraine à financer des équipements militaires européens.

Plusieurs ministres ont aussi plaidé pour le renforcement des sanctions envers la Russie et de la pression exercée sur sa ‘flotte fantôme’. (Camille-Cerise Gessant)

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