Le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, a officiellement proposé aux ministres, mercredi 26 novembre, un budget de 22,254 milliards d’euros pour 2026-2029, soit « 0,03% des PIB » des États de l’ESA ou « 15 euros par citoyen par an ».
« Cette proposition n'est pas seulement un appel à l'action ; c'est un appel à l'ambition », a résumé M. Aschbacher lors de la présentation de sa proposition à Brême. Et d’ajouter : « Si vous choisissez l'ambition et l'unité, (ce Conseil ministériel) peut être le début d'une nouvelle ère de coopération spatiale européenne avec une plus grande autonomie et une meilleure résilience de l'Europe dans l'espace, un partenariat plus étroit avec l'UE, une croissance économique renouvelée et une compétitivité accrue au niveau mondial ».
Josef Aschbacher a précisé que sa proposition était structurée autour des cinq objectifs stratégiques de la Stratégie 2040 de l'ESA.
S'agissant de protéger la planète et le climat, M. Aschbacher a rappelé que « les investissements constamment élevés dans l'ESA, associés à un partenariat exceptionnel avec l'Union européenne (avaient) fait de l'Europe le leader mondial incontesté de l'observation de la Terre ». Il a appelé à renforcer cette position. Pour l’observation de la Terre, l’ESA souhaiterait un budget triennal de 3,602 milliards d’euros.
Explorer et découvrir est une autre priorité, avec le renforcement du leadership européen en sciences spatiales et en sciences de la Terre de pointe et le développement du « rôle unique » de l'Europe dans la nouvelle ère de l'exploration spatiale. M. Aschbacher a regretté que, pendant longtemps, le programme scientifique de l'ESA ait été maintenu à une croissance nette quasi nulle. Pour 2026-2029, il propose 3,787 milliards d’euros pour le programme scientifique.
Le directeur général a également souligné les objectifs de l’Agence dans l’exploration de la Lune et de Mars. Il a d’ailleurs annoncé avoir reçu, la veille, la confirmation par la NASA de sa contribution au projet d’astromobile Rosalind Franklin. Cette participation avait été mise en doute par la baisse annoncée du budget de l'agence américaine (EUROPE 13658/22).
Un autre objectif porte sur le renforcement de l’autonomie et la résilience européennes – garantir un accès indépendant à l’espace, des applications spatiales autonomes et sécurisées, notamment IRIS² et ERS (voir autre nouvelle), et renforcer la gestion des crises. M. Aschbacher a notamment précisé que l’ESA ciblait 27 lancements avec Ariane 6 entre 2027 et 2029 et 16 lancements sur Vega 6 dans les quatre prochaines années, et qu'il voulait moderniser le port spatial européen de Kourou. La proposition pour le Transport spatial est de 3,895 milliards d'euros et celle la connectivité et les communications sécurisées de 2,145 milliards.
Renforcer la compétitive européenne. Le quatrième objectif stratégique est la stimulation de la croissance et de la compétitivité européennes en positionnant l’Europe comme un pôle commercial mondial attractif au sein de l’économie spatiale en pleine expansion. « L'économie spatiale mondiale représente aujourd'hui 530 milliards d'euros. Les prévisions économiques mondiales tablent sur un triplement de ce chiffre en dix ans, soit une croissance annuelle de plus de 10% », a souligné M. Aschbacher. L'ESA va, entre autres, collaborer avec la Banque européenne d'investissement pour aider les PME et les entreprises de taille intermédiaire du secteur spatial à se financer (voir autre nouvelle).
Enfin, le dernier objectif porte sur ‘Inspirer l’Europe’, c’est-à-dire « repenser l’espace par la collaboration, l’inclusion et la participation citoyenne afin d’inspirer les générations actuelles et futures ».
Premières contributions annoncées. Si le budget final ne doit être adopté que ce jeudi, à leur arrivée, plusieurs ministres ont annoncé la contribution de leurs pays. Dorothee Bär a annoncé que l'Allemagne avait fixé un objectif d'environ 5 milliards d’euros, contre un peu moins de 3,5 milliards en 2022.
La Belge Vanessa Matz a expliqué que son pays consacrerait « un peu plus d'un milliard » d’euros au budget de l’ESA. « Nous augmentons à peu près de 10% notre contribution (par rapport à 2022), notamment en raison des questions de sécurité, mais aussi parce que nous voulons valoriser notre écosystème belge et nos entreprises », a-t-elle justifié.
Interrogé par Agence Europe, le ministre français, Philippe Baptiste, n’a pas voulu révéler de chiffre. « Nous verrons en fonction des discussions qui vont avoir lieu dans les jours qui viennent », a-t-il expliqué.
Le commissaire européen à la Défense et l’Espace, Andrius Kubilius, a estimé que la réunion s'inscrivait dans une « démarche essentielle, visant à préparer le terrain pour le prochain cadre financier pluriannuel de l'UE ». Il a rappelé que dans sa proposition de CFP, la Commission avait multiplié par cinq le budget consacré à l'espace et à la défense (131 milliards d'euros). (Camille-Cerise Gessant)