En amont du Forum ministériel entre l’UE et la région indopacifique et du sommet UE-Afrique de fin novembre (EUROPE 13737/27), Agence Europe a rencontré Oskar Benedikt, ambassadeur de l’UE au sein de la délégation auprès de la République de Maurice et de la République des Seychelles. (Propos recueillis jeudi 6 novembre par Anne Damiani, avec Bernard Denuit)
Agence Europe - Est-ce que les chefs des gouvernements mauricien et seychellois participeront à ces deux sommets ?
Oskar Benedikt - Les Seychelles participeront effectivement au Forum ministériel entre l’UE et la région indo-pacifique, à Bruxelles, jeudi 20 et vendredi 21 novembre. Les Seychellois devraient intervenir pour parler de la sécurité maritime, de l’environnement, de développement économique.
Pour le sommet UE-Afrique à Luanda, en Angola, mardi 24 et mercredi 25 novembre, les invitations ont été envoyées par l’Union africaine. Nous attendons la réponse du Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam. Concernant les Seychelles, on ne sait pas encore, car il y a eu des élections récemment et un nouveau gouvernement vient d’être formé.
En revanche, nous attendons la venue du Président français, Emmanuel Macron, à Maurice, jeudi 20 et vendredi 21 novembre. C’est important que des dirigeants européens viennent ici. C’est un signal fort.
Maurice et les Seychelles sont liées à l’UE par l'accord de Samoa, qui est le cadre général dans lequel s'inscrivent les relations entre l'UE, d'une part, et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, d'autre part (EUROPE 13738/7). Celui-ci a été signé en novembre 2023. Où en est sa ratification ?
Justement, nous en avons discuté avec le ministre des Affaires étrangères mauricien il y a une semaine ; la ratification est imminente, elle devrait se faire d’ici deux semaines. Nous préparons une célébration pour marquer la ratification.
Ce programme est le successeur des accords post-coloniaux de Yaoundé, de Lomé et de Cotonou, depuis les années 1960. Il comprend entre autres deux volets : l’aspect commercial, pour continuer les échanges avec l’Europe,-* et les aides au développement économique envers nos partenaires.
Maurice a fait partie de ces accords dès le début ; nous avons des photos d’archives d’une rencontre en février 1970 entre le Premier ministre Sir Seewoosagur Ramgoolam, le père du Premier ministre actuel, et Jean Rey, le président de la Commission européenne. Le pays a bénéficié de taux préférentiels pour l’industrie sucrière. Depuis, les grands sucriers ont accumulé du capital pour se diversifier, notamment dans le tourisme et la finance.
Il y a toujours eu des relations commerciales solides entre Maurice et l’Europe ; il n’y a pas de quotas ni de droits de douane pour les produits de Maurice qui entrent sur le marché européen. Il me paraît important de souligner l’importance de cet accès préférentiel au marché européen.
L’Europe est le premier partenaire commercial de Maurice et le premier fournisseur d’investissements directs étrangers. Beaucoup d’investisseurs immobiliers sont européens. Par ailleurs, plus de 50% des touristes sont originaires d’Europe, notamment de France, et en particulier de l’mais c de la Réunion.
Les Seychelles et Maurice affichent désormais des PIB/habitant élevés. Étant donné leur niveau de développement, ces deux pays bénéficient plutôt de projets régionaux. Nous fournissons également de l’assistance technique dans différents domaines.
Maurice est aussi un partenaire concernant le respect des droits de l’Homme. Nous avons l’habitude de nous réunir annuellement en commission mixte pour discuter de différents sujets, notamment diplomatiques et géopolitiques. Maurice est un partenaire fiable de l’UE depuis des années.
L’UE et ces deux pays sont aussi liés par des accords de pêche (EUROPE 13655/10). Pourriez-vous nous en dire plus ?
En effet, nous avons des accords de partenariat de pêche durable avec les deux pays. Les pêcheurs européens qui possèdent des bateaux suffisamment grands se voient accorder des licences de pêche, notamment pour le thon. Il est ensuite transformé dans de grosses usines, mis en boîte, puis exporté en Europe.
Bien que ces accords de pêche reçoivent des critiques d’ONG environnementales, ils sont durables, notre but étant de protéger les stocks pour qu’ils se renouvellent. L’accord oblige les thoniers à employer de la main-d'œuvre locale et à faire l’objet d’inspection.
Maurice et les Seychelles bénéficient aussi d’un soutien financier, géré par les autorités locales, pour les pêcheurs artisanaux. L’UE veut de la transparence et de la traçabilité et surveiller la pêche illégale. Nous avons un intérêt commun pour préserver la chaîne de valeur.
En juin, la Commission européenne et le Service européen pour l'action extérieure ont décidé de redimensionner, à partir de 2026, le réseau des délégations de l'UE (EUROPE 13655/17). Quel impact cette décision aura-t-elle sur votre délégation ?
En réalité, le nombre de délégations ne diminuera pas, mais ce qui changera, c’est la façon de mettre en œuvre l’aide au développement, avec notamment le ‘Global Gateway’, qui vise à développer des connexions fiables et durables en faveur de la population mondiale.