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Bulletin Quotidien Europe N° 13748
REPÈRES / Repères

Mme von der Leyen snobe l'invitation des partenaires latino-américains et caribéens

Quand les hauts fonctionnaires européens mentionnent les relations entre l'Union européenne, l'Amérique latine et les Caraïbes, ils rappellent à l'envi que les soixante pays représentant un tiers des membres de l'ONU parlent d'une seule voix pour défendre le multilatéralisme. L'UE, soulignent-ils, a toujours défendu l'intégration régionale du continent sud-américain afin d'asseoir une coopération de bloc à bloc.

Avec la relation toxique qu'entretiennent les Européens avec le président des États-Unis depuis son retour au pouvoir, la Commission européenne chante les louanges de la diversification des relations politiques et commerciales. Leur mot d'ordre : défendre un système international basé sur des règles avec ceux qui pensent la même chose.

Chose inédite depuis le début de son deuxième mandat, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, n'assumera pas sa responsabilité institutionnelle de représenter l'Union européenne, avec le président du Conseil européen, lors d'un sommet bilatéral, en faisant l'impasse sur le sommet UE/CELAC, dimanche 9 novembre à Santa Marta, en Colombie (EUROPE 13745/10).

Étrange conception que celle de prôner l'ouverture à d'autres continents tout en renonçant au dialogue avec leurs dirigeants.

Provoquant l'ire de la France, Mme von der Leyen n'avait pas hésité, fin 2024, à traverser l'océan Atlantique pour s'afficher aux côtés des dirigeants du Mercosur pour officialiser la conclusion des négociations sur l'accord commercial (EUROPE 13540/1). En représailles, elle avait été privée des festivités marquant la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

L'absence de la présidente de la Commission à Santa Marta serait-elle due à l'éloignement de la cité balnéaire caribéenne ? Difficile à croire, puisque Mme von der Leyen participe actuellement à la COP30 de Belém au Brésil. Le séquençage politique mis en place avait justement pour but de faciliter la venue des leaders au sommet UE/CELAC.

Officiellement, la présidente de la Commission a pris sa décision après avoir constaté une faible participation des chefs d'État ou de gouvernement au sommet bi-régional. Côté latino-américain, les dirigeants mexicain, argentin et chilien ne feront pas le déplacement, à l'instar du président français, du chancelier allemand et de la présidente du Conseil italien. En revanche, le président brésilien et le Premier ministre espagnol seront bel et bien présents.

D'aucuns attribuent ce renoncement à la situation politique tendue entre les États-Unis et la Colombie. N'hésitant pas à tancer son homologue américain, le président colombien est sanctionné par Washington, qui fait patrouiller ses forces navales dans les Caraïbes, accusant les autorités colombiennes et vénézuéliennes d'en faire trop peu pour lutter contre le narcotrafic, voire d'en bénéficier.

Mépris, négligence ? En refusant d'être accueillie dans la ville où mourut Simón Bolívar, le Libertador de la Grande Colombie, Mme von der Leyen fait preuve d'indifférence pour les populations latino-américaines et caribéennes. Elle donne l'impression qu'à travers cette politique de la chaise vide, elle veut éviter le courroux du 'gringo' installé à la Maison-Blanche. (Mathieu Bion)

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