La Semaine de l’égalité de genre au Parlement européen a été l’occasion pour les eurodéputés de la commission spéciale sur le bouclier européen de la démocratie (EUDS) et leurs collègues de la commission des droits de la femme et de l'égalité des genres (FEMM) de tenir, mercredi 5 novembre, un échange de vues consacré aux mouvements radicaux anti-égalité, notamment la 'manosphère' - qui regroupe des communautés masculinistes en ligne -, et à leur influence sur les processus démocratiques européens.
À l’ouverture de la session, la présidente de la commission EUDS, Nathalie Loiseau (Renew Europe, française), a rappelé l’enjeu que « ce phénomène » - d'abord parti de « groupes ultraconservateurs ultra-religieux, qui peuvent être à la fois russes et américains », mais qui peuvent « venir d'autres parties du monde » -, et qui « s’est encore amplifié en raison des algorithmes » avec des « contenus extrêmes (qui) se retrouvent en un clic dans les téléphones (des) adolescents ».
Aussi a-t-elle rappelé l’usage des discours véhiculés comme outils de « menaces hybrides » pour « perturber les processus démocratiques ».
La responsable des affaires publiques du Centre de lutte contre la haine numérique, Laura Kaun, a affirmé que les forums d’'incels' affichaient « 2,6 millions de visites par mois », « une augmentation des mentions de tuerie, de meurtres de masse » et des messages « pédophiles utilisés par plus d’un quart des utilisateurs du forum ».
Selon elle, près de 50% du trafic provient de liens issus de plateformes grand public. Elle a recommandé d’« apporter une transparence sur les algorithmes » et de « supprimer les bénéfices financiers » générés par ces contenus.
La directrice des projets internationaux à Reset.tech, organisation indépendante qui revendique comme mission de « rétablir le lien entre les médias et la démocratie », Kristina Wilfore, a précisé les liens avec le contexte géopolitique : « La guerre russe contre l’Ukraine est une guerre de genres (…) avec une propagande qui glorifie des formes violentes d’hypermasculinité ».
Elle a dénoncé un modèle économique « où l’on encourage des jeunes hommes à se faire du mal » et a recommandé de classer la radicalisation masculiniste comme « risque systémique » dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA), en vigueur depuis novembre 2022 (EUROPE 13064/18), et de créer des « réseaux de réponse rapide » pour protéger et aider juridiquement et numériquement les victimes. (Nithya Paquiry)