À l’occasion du Conseil ‘Emploi, Politique sociale, Santé et Consommateurs’ (‘EPSCO’) du 17 octobre (EUROPE 13733/1), qui a adopté des conclusions sur la mise en œuvre de la directive de 2024 contre les violences faites aux femmes et domestiques, les ministres ont également débattu du consentement et de la nouvelle stratégie LGBTIQ+ 2026-2030. Magnus Heunicke, le ministre danois de l’Environnement et de l’Égalité des genres, revient sur ces priorités alors que son pays assure la présidence du Conseil de l’UE (propos recueillis par Nithya Paquiry)
Agence Europe : Aujourd'hui, les ministres ont adopté les conclusions du Conseil sur la prévention, la détection et l'intervention contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique. Comment vous assurez-vous que ces engagements accélèrent la mise en œuvre de la directive de 2024 (EUROPE 13431/33) plutôt que de rester de simples déclarations ?
Magnus Heunicke : Nous ne pouvons pas accepter le statu quo. Chaque jour, des femmes sont assassinées par leur partenaire (ONU Femmes estime qu'environ 2 300 femmes/filles ont été tuées en Europe en 2023 par un partenaire intime ou un membre de leur famille : NDLR) - c'est une épidémie. C'est pourquoi nous devons promouvoir de nouvelles façons de traiter ces cas, des professionnels de santé au système judiciaire. Certains États membres ont déjà pris des mesures, comme le Danemark, ce qui montre que c'est possible. Mais nous devons maintenir la pression, car, sans volonté politique, le changement ne sera pas assez rapide.
Lors du déjeuner informel, les ministres ont débattu de la notion de consentement. Son absence de considération dans la directive de 2024 pour établir une définition européenne du viol est perçue, notamment par le Parlement européen (EUROPE 13715/28), comme un échec politique. Pensez-vous qu'il y ait actuellement une possibilité pour rouvrir le débat ?
Oui, je pense que nous sommes dans une dynamique. Et je tiens à être clair : je regrette que la directive de 2024 n'ait pas inclus une définition commune du viol basée sur le consentement au niveau de l'UE. Mais de nombreux pays ont évolué au cours des trois à cinq dernières années et ont introduit cette définition au niveau national - et les données disponibles ne montrent pas de dérives judiciaires manifestes à ce jour au Danemark ou ailleurs (le rapport 2023 du GREVIO - Conseil de l’Europe - salue l’introduction au Danemark en 2020 sans mentionner de dérive judiciaire majeure à ce jour : NLDR). C'est important : le débat porte sur la liberté - la liberté des femmes de ne pas vivre dans la peur, et une norme qui protège la dignité dans toute l'Europe.
Passons aux droits des personnes LGBTIQ+ : la Commission a présenté le 8 octobre sa nouvelle stratégie 2026-2030 (EUROPE 13726/1), mais des associations telles que l'ILGA-Europe estiment que le texte manque d'ambition. Que répondez-vous à cela ?
Je comprends ces préoccupations. Les stratégies sont importantes, mais elles ne suffisent pas à elles seules. Nous avons besoin d'actions concrètes : veiller à ce que les gens puissent aimer qui ils veulent sans crainte, veiller à ce que la discrimination ne soit tolérée dans aucun État membre. Nous devons donner suite à des questions telles que l'interdiction des pratiques de conversion et la pleine reconnaissance des familles. Sinon, la confiance dans l'Europe s'érodera.
Les États membres ont exprimé leur soutien ce matin, mais relevons tout de même qu'un retour de bâton existe, en Europe - on pense à l'interdiction des 'Marches des fiertés' en Hongrie (EUROPE 13670/17) - et ailleurs, aux États-Unis, notamment. Comment la Présidence du Conseil peut-elle faire entendre sa voix sans alimenter la polarisation ?
Nous ne devons pas craindre le débat. Je suis convaincu que les Européens, dans leur grande majorité, soutiennent la liberté et l'égalité. Notre travail consiste à rester fermes sur nos valeurs : l'amour, c'est l'amour. Cela n'est pas négociable, quelles que soient les excuses culturelles ou politiques que certains peuvent invoquer. Bien sûr, le compromis fait partie de l'Europe, mais le compromis ne peut signifier renoncer aux droits fondamentaux.
Le Danemark est souvent cité comme un pionnier : mariage pour tous, parentalité arc-en-ciel, loi fondée sur le consentement. Comment conciliez-vous cette image avec la nécessaire recherche de compromis pour rallier les États plus réticents ?
Être un précurseur implique des responsabilités. Nous ne pouvons pas imposer, mais nous pouvons inspirer. En montrant que les réformes fonctionnent, qu'elles renforcent la liberté, la sécurité et la cohésion sociale, nous rendons plus difficile pour les autres de dire que c'est impossible. L'Europe avance pas à pas, mais ces pas doivent toujours aller de l'avant, et non en arrière.