Les eurodéputés ont soutenu, parfois avec des nuances concernant son efficacité attendue, mercredi 8 octobre à Strasbourg, l’initiative 'mur de drones' ('Drone Wall') de l’UE, telle qu’annoncée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi que l’initiative 'Eastern Flank Watch', lors d’un débat en plénière sur les moyens de répondre aux récentes violations russes de l’espace aérien et des infrastructures critiques des États membres de l’UE.
Selon le projet de résolution commune des groupes PPE, S&D, CRE, Renew Europe et Verts/ALE, qui devra encore être voté jeudi 9 octobre en session plénière, les députés notent que le délai ambitieux souhaité par la Commission pour l'achèvement du 'mur de drones' « nécessite une mise en œuvre rapide dans le cadre d’un bouclier de défense plus large le long du flanc oriental de l’UE et de l’OTAN, en réponse aux violations répétées de l’espace aérien par la Russie ».
Le Parlement européen invitera la Commission à présenter « un plan cohérent lors du Conseil européen des 23 et 24 octobre » et reconnaît le défi posé par le « coût élevé de l’interception des drones », tout en appelant à des programmes communs pour promouvoir le développement de capacités de contre-UAV rentables (technologies permettant de neutraliser ou d’intercepter des véhicules aériens sans pilote).
Avoirs russes gelés. Le projet de résolution commune demande aux États membres de l'UE, ainsi qu’à leurs partenaires du G7, d'approuver « immédiatement la proposition de la Commission visant à utiliser tous les avoirs russes gelés comme base pour accorder à l’Ukraine des subventions et des prêts substantiels, dont le remboursement serait subordonné au paiement futur des réparations de guerre par la Russie, considérant cette approche comme juridiquement solide et financièrement significative pour maintenir et renforcer le soutien de l’UE aux besoins militaires de l’Ukraine, y compris en matière de défense contre les drones » (EUROPE 13721/2).
Marie Bjerre, la ministre danoise des Affaires européennes, a condamné les actions de la Russie, dont les violations de l’espace aérien en Pologne, en Roumanie et en Estonie, ainsi que les menaces hybrides. Elle a appelé à une réponse européenne « unie, claire et résolue », pour protéger les citoyens et soutenir l’Ukraine. Elle a présenté les mesures et initiatives de l’UE, comme l’instrument SAFE, et rappelé que les dirigeants de l'UE avaient discuté, la semaine dernière à Copenhague, « des avancées dans les domaines prioritaires convenus, qui incluent, entre autres, la défense aérienne et antimissile, l’artillerie, les drones et systèmes antidrones, la mobilité militaire et la cyberrésilience » (EUROPE 13721/1).
Ursula von der Leyen a évoqué les projets 'Eastern Flank Watch' et 'Drone Wall'. Ce dernier est présenté comme la réponse de l’UE aux réalités de la guerre moderne : lors d’incidents, comme en Pologne, il a fallu déployer des systèmes très coûteux (avions de chasse de dernière génération) pour neutraliser des drones relativement bon marché et produits en masse. « Cette approche n’est pas durable. L’objectif est donc de disposer d’un système abordable, efficace et adapté, capable de détecter, d’intercepter et de neutraliser rapidement les menaces », a dit la présidente (https://aeur.eu/f/itt ).
Elle a ajouté que, bien que la priorité actuelle soit la frontière orientale, le projet vise une protection à 360 degrés pour toute l’Union, y compris le flanc sud, et doit répondre à un large éventail de défis : catastrophes naturelles, criminalité organisée internationale, migrations instrumentalisées, surveillance de la flotte russe.
Andrzej Halicki (PPE, polonais) a salué les initiatives ('mur européen de drones', 'Eastern Flank Watch') et a demandé, par ailleurs, que certains produits chimiques soient retirés du champ d’application du système ETS (marché européen du carbone).
« Le moment est venu de présenter une proposition de confiscation des 200 milliards d’euros d’avoirs russes gelés », a lancé Iratxe García Pérez (S&D, espagnole).
Pierre‑Romain Thionnet (PfE, français) a estimé que « les déclarations outrancières qui assimilent toute intrusion à un acte de guerre ou appellent à abattre n’importe quel objet volant sont contre‑productives ».
Au contraire, Valérie Hayer (Renew Europe, française) a estimé que l’UE devait « assumer la confrontation avec la Russie et monter d’un cran dans notre riposte ». Mme Hayer a même suggéré de sanctionner Viktor Orbán, qui aurait envoyé des drones hongrois dans le ciel ukrainien.
Terry Reintke (Verts/ALE, allemande) a prôné, sur le flanc sud, un « réseau de défense contre les drones » et la fin des « importations d’énergies fossiles russes polluantes ».
Pour Danilo Della Valle (La Gauche, italien), l’attentat russe contre Nord Stream « était en réalité ukrainien ». Ce groupe met en garde contre « l’exploitation politique des incidents aériens pour justifier une course à l’armement ».
Projet de résolution commune et amendements : https://aeur.eu/f/iu0 (Lionel Changeur)