La défense de l’Union européenne, et, en particulier, la mise en place d’un 'mur européen de drones', était le sujet phare du sommet informel des dirigeants européens à Copenhague, mercredi 1er octobre, qui se tenait sous sécurité renforcée à la suite d’intrusions de drones non identifiés dans l’espace aérien danois ces derniers jours.
Si la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, n’a pas nommé « l’auteur » de ces intrusions, elle a bien parlé d’une « guerre hybride contre l’Europe ». Le survol de ces engins survient après une multitude d’autres incursions de drones et de chasseurs russes au sein de l’espace aérien de l’OTAN ces dernières semaines (EUROPE 13720/1).
La menace russe a ainsi surplombé le sommet et nourri les principales discussions de la journée. Les échanges de la matinée ont pris la forme d’un débat d’orientation sur la future 'feuille de route' 'Pour la préparation d’une Europe de la défense' d’ici 2030, que la Commission européenne devrait présenter le 16 octobre, avant le sommet européen des 23 et 24 octobre prochains.
Reconnaissance de la « menace accrue » pour le flanc oriental. Parmi les propositions préliminaires, présentées sous forme d’un 'document de cadrage' partagé par la Commission européenne le 29 septembre (EUROPE 13719/11), la 'Surveillance du flanc oriental' (EUROPE 13706/3) et le très commenté 'Mur européen de drones' (EUROPE 13720/3) ont été les deux sujets qui ont recueilli le soutien le plus large, mais pas forcément unanime des dirigeants.
Selon le président du Conseil européen, António Costa, s’exprimant lors d’une conférence de presse, ces projets sont une « étape clé » vers l’élaboration d’une préparation de défense commune, qui reflète « la menace aiguë que connaît le flanc oriental ».
Le projet du 'mur de drones', qui vise à accumuler un ensemble de technologies pour détecter et intercepter les drones, en est encore au stade embryonnaire, ont rappelé plusieurs diplomates européens présents lors du sommet.
Division sur la portée du 'mur anti-drones'. La proposition préliminaire de la Commission rencontre bien l’adhésion des voisins proches de la Russie, comme la Pologne ou les pays baltes, mais des pays comme la France, l’Allemagne et les pays du sud sont plus réservés, notamment sur la durée et la mise en œuvre par l'UE, plutôt que par l'OTAN.
Mette Frederiksen s’est également montrée prudente devant la presse. « Nous savons aussi que la technologie évolue si rapidement que nous ne pouvons pas avoir une seule idée et croire que cela résoudra tous nos problèmes ». Elle a appelé, plus largement, à mettre en place un écosystème européen, semblable à ce qui se fait en Ukraine.
De façon similaire, le président français, Emmanuel Macron, a plaidé, à son arrivée au sommet, pour une approche plus globale. « Il nous faut avoir des systèmes d'alerte pré-avancés pour mieux anticiper la menace. Ils existent techniquement, il faut les développer en commun. Il faut dissuader avec des capacités de tir de longue portée, des capacités balistiques européennes », a-t-il déclaré. Il a également mentionné l’importance de la dissuasion nucléaire.
Pour l’Italienne Giorgia Meloni, il s’agirait d’une « erreur » que de considérer uniquement le flanc oriental et « oublier l'existence d'un flanc sud ». Ces propos ont trouvé écho dans ceux des Premiers ministres espagnol, Pedro Sánchez, et grec, Kyriákos Mitsotákis, qui estiment que tout projet de défense européenne commune « doit prendre en compte la sécurité de l'Europe dans son ensemble ».
Sur ce point, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a insisté, devant les journalistes, sur l’importance d’une approche « à 360 degrés », avec un système anti-drone qui puisse protéger l’ensemble du continent et qui prendrait notamment en compte « le flanc sud ».
Expertise ukrainienne. Lors d’un échange avec la presse, la Première ministre lettonne, Evika Siliņa, a exprimé la volonté de mettre à profit l’expérience acquise au sein des pays baltes pour coordonner les politiques et les actions au sein de l’UE. « Nous avons déjà eu affaire aux drones. (...) Nous avons acheté des capteurs (pour la détection de drones, NDLR) et nous collaborons avec des experts ukrainiens », a-t-elle expliqué.
Effectivement, l’Ukraine veut faire profiter l'Europe de son « expertise » en matière de défense anti-drones, comme l’avait indiqué le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, la veille du sommet (EUROPE 13720/3).
Plus largement, les discussions entre dirigeants européens ont porté davantage sur le renforcement des capacités européennes de défense - y compris le 'mur de drones' - et sur la gouvernance que sur les enjeux de financement, qui devront être abordés dans un second temps, selon une source européenne (EUROPE 13720/3).
Par ailleurs, les dirigeants se sont majoritairement prononcés en faveur d’un engagement plus important des ministres européens de la Défense. Ces derniers pourraient se rencontrer de façon plus récurrente à l’avenir, entre les différents sommets européens, pour mesurer les progrès en termes de défense. (Pauline Denys)