Vingt-huit des plus grandes entreprises européennes, représentant au moins 700 milliards d’euros de revenus, ont appelé les dirigeants européens, mercredi 1er octobre, dans une 'Déclaration de Copenhague', à rendre l’UE plus compétitive et à faire « toutes les réformes nécessaires » pour leur permettre d’augmenter de 50% leur niveau d’investissements d’ici 2030.
À l’initiative de la Confédération européenne des entreprises danoises, Airbus, Siemens, ASML ou encore Thales ont été conviées à un Sommet de la compétitivité, en marge du Sommet informel des Vingt-sept. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre polonais, Donald Tusk, ont aussi participé à l'évènement, parrainé la Première ministre danoise, Mette Frederiksen.
Ces entreprises majeures européennes appellent notamment dans ce ‘Copenhagen pledge’ à libérer le potentiel d’innovation dans l’UE et à réduire toutes les barrières au sein du marché unique. « Une action immédiate est nécessaire pour changer le statu quo », demandent-elles, presque deux ans après la 'Déclaration d'Anvers' signée par les grands patrons de l'UE (EUROPE 13354/9).
« Les nouvelles initiatives réglementaires doivent mettre davantage l'accent sur la réduction de la charge, et la réglementation ne doit répondre qu'aux besoins avérés », écrivent notamment ces entreprises.
Il faut aussi valoriser les investissements privés. « Le cadre financier pluriannuel (CFP) de l'UE (2028-2034) doit servir de catalyseur non bureaucratique pour les capitaux privés, mobilisant ainsi les investissements dans les technologies et secteurs stratégiques européens ».
Une véritable 'Union européenne de l'épargne et des investissements' est donc nécessaire « d'ici 2030 », selon les auteurs de la déclaration. Et de donner l'exemple des régimes de retraite nationaux et des politiques fiscales qui « devraient encourager davantage les flux de capitaux privés vers les marchés européens ».
L’électrification de l’Europe ne doit pas être oubliée, disent ces groupes. Cela doit notamment passer par les Plans nationaux énergie-climat (PNEC) ou encore des procédures d'autorisation accélérées pour les projets d'infrastructures.
Les dirigeants partagent le constat du retard de compétitivité. « L'Europe est un continent extraordinaire. Certaines des entreprises les plus importantes et les plus innovantes du monde y ont été créées, mais notre compétitivité est mise à rude épreuve. On dit souvent que les États-Unis innovent, la Chine réplique et nous réglementons. Et malheureusement, une partie de cette phrase est vraie », a commenté, de son côté, la Première ministre danoise.
Emmanuel Macron a cité cinq priorités à tenir et à décliner rapidement en actions : la simplification, l'approfondissement du marché unique, l'innovation, puis l'union des marchés de capitaux, « un point essentiel de ce programme de compétitivité et de croissance », et enfin, le climat et l'énergie - le président français se disant convaincu qu'il faut continuer à « décarboner ».
Il a également réitéré son soutien à la préférence européenne. « C’est une nécessité. Aux États-Unis, l'agenda américain est respecté. En Chine, ce n'est plus une préférence chinoise. C'est parfois une exclusivité chinoise. En Europe, c'est le seul endroit où l'on peut financer, avec l'argent du contribuable, des acteurs 100% non européens ».
Donald Tusk, quant à lui, a mis en garde les Européens contre le retard pris par l’UE, évoquant la surréglementation et « nos prix élevés de l'énergie. Les États-Unis, le Canada et le Brésil sont aujourd'hui radicalement plus attractifs que l'Europe », a poursuivi le Polonais, évoquant un sursaut à réaliser en quelques mois.
La simplification n'en est qu'à ses débuts. Ursula von der Leyen a rappelé de son côté les actions déjà lancées sous son second mandat entre « le 'Pacte pour une industrie propre', qui mobilisera 100 milliards d’euros au profit de pratiques entrepreneuriales durables – un élément central du rapport 'Draghi' », le Fonds en faveur du développement des start-up, le Fonds Scale-up et le Fonds pour la compétitivité, doté d’une enveloppe de 400 milliards d’euros dans le prochain budget européen (EUROPE 13682/6).
L’énergie reste bien « le talon d’Achille » de l’UE, a-t-elle dit. Le plan d’action pour une énergie abordable « figure au premier rang de nos priorités et nous mobilisons actuellement des sommes colossales en faveur des réseaux énergétiques dans toute l’Europe ».
La stratégie pour le marché unique « permettra aussi de supprimer des obstacles. Six trains de mesures sur la simplification pour réduire au minimum les formalités administratives ont été lancés et d’autres mesures suivront. Car nous n’en sommes qu’au début ». Et afin de renforcer les nouvelles technologies, il convient qu’un véritable « '28e régime' soit mis en place », a encore plaidé la présidente (EUROPE 13645/1).
Lien vers la déclaration : https://aeur.eu/f/ip1 (Solenn Paulic)