Les coordinatrices des groupes S&D, Renew Europe et Verts/ALE de la commission des libertés civiles (LIBE) du Parlement européen, respectivement Fabienne Keller (française) et Tineke Strik (néerlandaise), ont dénoncé, jeudi 3 juillet, l’alliance entre les groupes PPE et CRE, soutenus par les groupes PfE et ENS, pour attribuer au PPE le rapport relatif au nouveau concept de 'pays tiers sûrs' (STC) et au CRE celui sur les 'pays tiers d’origine sûrs' (SCO), deux textes législatifs amendant le règlement 'Procédures d'asile' (EUROPE 13623/1, 13644/9).
Rapportrice sur le règlement 'Procédure d'asile', Fabienne Keller a dénoncé notamment le non-respect d’un accord tacite entre les coordinateurs de la commission parlementaire, y compris avec la responsable du PPE, Lena Düpont. En vertu de cet accord informel, le PPE récupérait le règlement ‘STC’ et Renew Europe obtenait celui sur les 'pays tiers d’origine sûrs'.
Mais le PPE a finalement choisi de s’allier au CRE, avec le soutien de l'extrême droite. Une nouvelle entorse à la majorité pro-européenne a fait valoir l’élue française, qui précise qu’un tel revirement du PPE n’avait jamais eu lieu en commission LIBE.
« En agissant ainsi, le PPE fragilise la construction de solutions ambitieuses et efficaces avec les forces pro-européennes sur la migration, comme c'était le cas lors du précédent mandat avec l’adoption du ‘Pacte Asile et Migration’ ». Pendant que les citoyens attendent des réponses rapides, fermes et humaines sur la gestion des migrations, « le PPE fait le choix de s’allier à ceux qui veulent déconstruire l’Europe », a critiqué Fabienne Keller.
Pour Tineke Strik, « le PPE vient de briser le 'cordon sanitaire' en formant une coalition avec l'extrême droite pour commettre un coup d'État et faire annuler deux lois sur l'immigration. C'est un nouveau gouffre : sacrifier les droits humains et l'État de droit pour des jeux politiques ».
Pour l’Allemande Birgit Sippel (S&D), le « PPE a conclu un accord douteux avec les groupes d'extrême droite anti-européens afin de s'emparer de la proposition relative aux pays tiers sûrs. Dans le cadre de cet accord, le PPE a cédé la proposition relative aux pays d'origine sûrs à un groupe qui, il y a seulement un an, ne soutenait même pas le nouveau pacte sur l'asile et la migration, et qui, maintenant, a déposé une motion de censure contre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Cela ne doit pas devenir la nouvelle norme ».
« Depuis le début de la législature, le groupe PPE a travaillé de manière constructive avec les principaux groupes politiques de la commission LIBE. Nous avons apporté sans relâche nos idées et nos propositions, faisant preuve de volonté de coopération et de flexibilité sur divers points. Malheureusement, aucun de ces efforts n'a abouti à une communication et une coopération stables », a réagi Lena Düpont.
Selon une source, cette attribution chaotique est en partie liée à l’exigence très forte de Renew Europe de piloter les négociations au PE sur le règlement relatif aux retours, ce que voulait aussi le PPE. Malik Azmani (Renew Europe, néerlandais) a été désigné rapporteur sur ce texte. (Solenn Paulic)