Réunis en Conseil à Luxembourg mardi 17 juin, les ministres européens de l’Environnement et du Climat ont tenu un échange de vues sur la préparation de la 30e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP30), prévue du 10 au 21 novembre à Belém (Brésil).
Il s’agissait ainsi pour les représentants des États membres de l’Union européenne d’identifier ses grandes priorités et de s’accorder sur les grandes lignes de la future contribution déterminée au niveau national (CDN), que l’UE devra transmettre aux Nations unies d’ici septembre.
Tous les États membres ont soutenu la présentation d’une CDN en septembre, en adéquation avec l’appel du secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Plusieurs délégations ont demandé qu’elle reflète une ambition élevée, dans la lignée des objectifs de l’Accord de Paris, tandis que d’autres ont rappelé les enjeux relatifs à la faisabilité et les spécificités nationales.
Les contours précis de la définition de la CDN, et surtout le lien entre cette CDN pour 2035 et le futur objectif de réduction des émissions à horizon 2040 (EUROPE 13609/1), ont donc fait émerger des dissensions.
Le Danemark, qui assurera la présidence du Conseil de l’UE à partir de juillet, a appelé à l'adoption rapide d’un objectif clair et ambitieux pour 2040, conforme aux données scientifiques. Selon le ministre danois, Lars Aagaard, un tel objectif est essentiel pour la sécurité, la compétitivité et l’autonomie stratégique de l’Union. Il a exprimé sa volonté de parvenir à un accord dans un délai court afin que l’Union puisse présenter une position solide lors du sommet climatique des Nations unies en septembre.
La Finlande a soutenu un objectif de réduction nette des émissions de 90% d’ici 2040 afin de maintenir la trajectoire de l’action climatique. Les entreprises, selon la ministre Sari Multala, ont besoin de certitudes pour planifier leurs investissements dans les technologies neutres pour le climat. Elle est aussi revenue sur les difficultés rencontrées dans certains secteurs, comme les puits de carbone, et a appelé à ce que la législation européenne prévoie des incitations techniques et naturelles à leur développement.
La France, elle, a appelé à un plan d’action. S’adressant à la presse, la ministre Agnès Pannier-Runacher a affirmé qu’un objectif de réduction n’avait de sens que s’il s’accompagnait d’un plan d’action industriel, énergétique et commercial, capable de guider la transformation des filières économiques. Elle a également soutenu le recours aux crédits carbone internationaux, prévus par l’article 6 de l’Accord de Paris, et ce aussi au-delà du seuil de 3% que souhaite l’Allemagne. Selon la France, ces crédits peuvent être utiles tant pour répondre aux difficultés liées aux puits de carbone naturels que pour construire des partenariats avec les pays tiers.
Lors de son arrivée au Conseil, le commissaire européen chargé de l'Action climatique, Wopke Hoekstra, a affirmé que la Commission européenne présentera sa proposition pour l’objectif 2040 le 2 juillet prochain, en amont de la réunion ministérielle informelle sous Présidence danoise, le 10 juillet.
Il a précisé que cet objectif, juridiquement contraignant, servira de base pour élaborer la CDN de l'UE. Selon lui, il est logique de définir d’abord la cible européenne afin d’en déduire une contribution cohérente dans le cadre des négociations de la COP30.
Cette approche est questionnée par certains États membres. À l'arrivée des ministres, la ministre hongroise, Anikó Raisz, a affirmé que le pays souhaitait une séparation entre les deux exercices, car la définition de l’objectif 2040 nécessite davantage de temps et des évaluations d’impact détaillées par État membre. Elle a rappelé que préserver la compétitivité industrielle européenne restait une priorité majeure et a souhaité que la proposition de la Commission du 2 juillet soit examinée sans précipitation.
L’Irlande a rappelé la place prépondérante de l’agriculture dans ses émissions nationales, pour davantage de flexibilité sectorielle. Elle a rappelé les progrès déjà accomplis dans ce domaine et a reconnu que certaines filières restaient difficiles à décarboner.
L’Allemagne a soutenu un objectif ambitieux pour 2040, en précisant qu’il devait inclure une part raisonnable de flexibilité en recourant aux crédits carbone internationaux. Un plafond de 3% dans ce cadre est notamment soutenu, car il serait nécessaire de garantir la clarté et la stabilité du cadre d’investissement pour les entreprises européennes.
Lors de la conférence de presse finale, la commissaire européenne à l’Environnement, Jessika Roswall, a rappelé que l’UE devait porter une ambition forte à Belém en défendant une transition vers une économie sans énergie fossile. Elle s'est félicitée des avancées permises par la discussion.
Selon la Présidence polonaise, trois priorités ont été identifiées à ce stade dans les échanges avec la Commission européenne : présenter une CDN ambitieuse, avancer sur la tarification du carbone et maintenir un niveau élevé d’ambition climatique globale. (Nithya Paquiry et Pauline Denys, avec Florent Servia)