Malgré l'incertitude accrue liée aux tensions tarifaires internationales initiées par les États-Unis, la Commission européenne observe que l'économie dans l'Union européenne résiste aux aléas, s'attendant à un rebond économique en 2026.
« L'économie de l'UE reste résiliente malgré les circonstances difficiles auxquelles nous sommes confrontés », a déclaré le commissaire européen à l'Économie et à la Productivité, Valdis Dombrovskis, en présentant, lundi 19 mai, les prévisions économiques de printemps de l'institution de l'UE. Il a prédit « une croissance modérée cette année et une accélération de cette croissance l'année prochaine ».
Le PIB de la zone euro devrait ainsi augmenter de 0,9% en 2025 et de 1,4% en 2026 (à politiques inchangées), tandis que l'économie de l'UE croîtrait de 1,1% du PIB cette année et de 1,5% l'année prochaine. Ces prévisions constituent une révision à la baisse non négligeable par rapport à l'exercice de prévisions en novembre (EUROPE 13525/1).
La création de richesses sera la plus élevée à Malte (4,1% du PIB), au Danemark (3,6%) et en Irlande (3,4%). En revanche, l'Autriche sera le seul pays de l'UE subissant une récession, avec une chute du PIB national estimée à -0,3%. D'après M. Dombrovskis, le PIB autrichien a été revu de 1,3% à la baisse en raison d'une chute de l'investissement et d'une balance commerciale négative.
Parmi les pays pour lesquels la croissance sera atone en 2025, voire faible, figurent l'Allemagne (0,0%), la Lettonie (0,5%), la France (0,6%) et l'Italie (0,7%).
Tensions commerciales. L'éventualité que les États-Unis imposent des tarifs douaniers élevés à ses partenaires commerciaux, dont l'UE, constitue « l'une des causes principales d'incertitude », a indiqué M. Dombrovskis.
L'impact de telles mesures est toutefois difficilement quantifiable, notamment parce que l'issue des négociations en cours avec l'administration 'Trump' n'est pas connue. Pour modéliser ses prévisions, la Commission a assumé le fait que les annonces du président américain du 2 avril (l'UE serait touchée de façon transversale à hauteur de 20% - EUROPE 13613/2) ne seront pas concrétisées, mais que les États-Unis appliqueront un tarif global de 10% excepté pour les secteurs de l'acier, de l'aluminium et des voitures, qui feraient l'objet d'une taxe de 25% (EUROPE 13618/1), tandis que les produits pharmaceutiques et les microprocesseurs seraient exemptés.
Se basant sur les simulations réalisées par ses services, M. Dombrovskis a évalué l'impact des barrières douanières américaines sur le PIB mondial à hauteur de 0,4% du PIB d'ici 2026. « Tout le monde aurait à perdre de l'imposition de telles mesures », a-t-il estimé, au premier chef les États-Unis, qui verraient leur croissance cumulative sur 2025 et 2026 baisser de 1% par rapport au scénario de base tandis que l'UE serait touchée à hauteur de 0,2% sur la même période. Ces données ne prennent pas en compte la perte de confiance ni la volatilité accrue sur les marchés financiers qui résulterait de tensions commerciales exacerbées.
En comparaison avec l'incertitude provoquée par Washington, le commissaire européen a vanté les mérites de l'UE. « Si vous recherchez un endroit stable, rationnel et prévisible avec lequel faire des affaires et investir », l'UE est le bon endroit pour vous, a-t-il souligné.
La bonne tenue du marché de l'emploi représente un facteur qui rend la Commission optimiste pour l'avenir. « Le marché du travail reste robuste », a indiqué le commissaire européen : deux millions d'emplois devraient être créés d'ici 2026 et le chômage, à 5,7%, devrait rester à « un niveau historiquement bas ».
Remontées des déficits et de l'endettement publics moyens. La Commission constate, par ailleurs, que le déficit public moyen devrait légèrement remonter à l'avenir, passant de 3,1 à 3,3% du PIB entre 2024 et 2026 pour la zone euro, et de 3,2 à 3,4% au niveau de l'UE sur cette période.
Cette remontée est due à « des taux d'intérêt plus élevés » et à une croissance économique plus faible, a noté M. Dombrovskis.
Onze États membres ont enregistré un déficit public supérieur au seuil légal maximal de 3% du PIB en 2024 : l'Autriche (4,7%), la Belgique (4,5%), l'Espagne (3,2%), la Finlande (4,4%), la France (5,8%), la Hongrie (4,9%), l'Italie (3,4%), Malte (3,7%), la Slovaquie (5,3%), la Pologne (6,6%) et la Roumanie (9,3%).
Ce nombre devrait rester stable l'année prochaine, l'Espagne (2,8%) n'enregistrant plus de déficit excessif, contrairement contrairement à l'Autriche (4,4%), la Belgique (5,4%), la Finlande (3,7%), la France (5,6%), la Hongrie (4,6%), l'Italie (3,3%), la Lettonie (3,1%), Malte (3,2%), la Slovaquie (4,9%), la Pologne (6,4%) et la Roumanie (8,6%).
À l'opposé, cinq pays de l'UE pourraient enregistrer un excédent budgétaire : le Portugal (0,1%), l'Irlande et la Grèce (0,7%), Chypre (3,5%) et le Danemark (1,5%).
À noter que l'impact budgétaire de l'activation, par seize États membres, de la clause dérogatoire nationale du Pacte de stabilité et de croissance (EUROPE 13632/8) n'a pas été pris en compte dans ces prévisions économiques. Même chose pour le stimulus budgétaire annoncé par les nouvelles autorités allemandes.
Concernant la dette publique, après une stabilisation observée en 2024, la Commission s'attend à une nouvelle remontée de la dette publique jusqu'en 2026. L'endettement public passerait de 88,9 à 91,0% du PIB dans la zone euro, et de 82,2 à 84,5% du PIB dans l'UE.
Là encore, les divergences sont grandes entre les États membres. La dette publique dépassera 100% du PIB national dans cinq pays de la zone euro : la Belgique (107,1%), l'Espagne (100,1%), la France (116,0%), l'Italie (136,7%) et la Grèce (146,6%). En revanche, la dette publique sera la plus faible en Estonie (23,8% du PIB), en Bulgarie (25,1%), au Luxembourg (25,7%) et au Danemark (29,7%).
L'institution de l'UE rendra compte de ses décisions en matière de politique budgétaire lorsqu'elle présentera, mercredi 4 juin, ses recommandations par pays pour 2026, dans le cadre du processus budgétaire 'Semestre européen'.
Voir les prévisions économiques de printemps : https://aeur.eu/f/gwb (Mathieu Bion)