Dans la perspective d’un accord européen sur les soins de santé ('Care deal') et d’un rapport d’initiative sur l’inégalité entre les sexes en matière de soins, les eurodéputés des commissions de l’Emploi et des Affaires sociales (EMPL) et des Droits des femmes (FEMM) ont tenu, lundi 19 mai, un échange de vues avec la vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée des Emplois de qualité, des Droits sociaux et de la Préparation, Roxana Mînzatu.
Tous se sont accordés à dire que la nécessaire reconnaissance du travail en matière de soins devait passer par des engagements financiers et un cadre législatif contraignant.
Au sein de l’Union européenne, le secteur des soins ('care'), qu’il soit formel - exercé dans le cadre d’une pratique professionnelle - ou informel - comme la prise en charge de proches -, repose très largement sur les femmes.
« Ce sont bien souvent les femmes qui s’occupent de la prise en charge des personnes (…). Lorsque ce travail est rémunéré, dans le public comme dans le privé, ce sont souvent les femmes qui s’en chargent, avec souvent une précarisation de l’emploi », a rappelé Lina Gálvez, présidente de la commission FEMM.
« 26 à 27% des femmes ne sont pas dans le marché de l’emploi parce qu’elles s’occupent de leurs enfants, de personnes handicapées, de personnes âgées, alors que ce ne sont que 6% des hommes », a rappelé Roxana Mînzatu.
Et tandis que l’Union européenne est confrontée au vieillissement de sa population et à des pénuries de main-d’œuvre, les eurodéputés et la vice-présidente exécutive de la Commission appellent à une révision du modèle sociétal.
« Il faut revoir notre modèle sociétal » pour que « ces responsabilités ne pèsent pas que sur les épaules des femmes », a déclaré Roxana Mînzatu, qui a appelé à « des réformes, des investissements, de l’éducation et de la législation ».
« Si on fait un accord sans argent et sans valeur législative, alors rien ne changera pour les femmes, comme depuis des centaines d’années déjà en Europe », a martelé Maria Noichl (S&D, allemande).
Les corapportrices Rosa Estaràs Ferragut (PPE, espagnole), pour la commission FEMM, et Eleonara Meleti (PPE, grecque), en commission EMPL, ont demandé de professionnaliser le secteur, de lutter contre le travail informel et de reconnaître les compétences des aidants.
Selon Roxana Mînzatu, la réponse doit être apportée sur le plan financier, législatif et politique.
Le Fonds social européen, la 'Facilité pour la reprise et la résilience', le 'Semestre européen', mais aussi l’Union des compétences (EUROPE 13593/18) et la 'Feuille de route sur les emplois de qualité' constituent autant de leviers d’action pour accompagner les États membres.
« Il faut tenir compte des conditions de travail (…), mais aussi de la question du prestige » des métiers du soin, a-t-elle encore indiqué.
« Tout est très bien tant qu’on ne parle pas d’argent », a déploré Katrin Langensiepen (Verts/ALE, allemande), qui a appelé à des engagements financiers concrets.
La Commission souhaite intégrer ces enjeux dans la révision de la stratégie sur l’égalité femmes-hommes pour 2026-2030 (EUROPE 13595/1). « Il faut mettre de l’argent. Ce n’est pas le type de sujet que l’on peut laisser en marge », a affirmé Roxana Mînzatu. (Nithya Paquiry)