Les ministres du Commerce des États membres de l’UE ont été informés par la Commission européenne, jeudi 15 mai, des dernières évolutions dans les discussions avec les États-Unis. Les Vingt-sept ont envoyé un message clair à la Commission et à Washington : une solution négociée qui maintiendrait un tarif américain de 10% sur les produits européens n’est pas acceptable.
Les ministres ont largement défendu cette position alors que le Royaume-Uni et les États-Unis ont annoncé, le 8 mai, un accord qui maintient le tarif de base de 10% sur les exportations britanniques.
« Si un accord comme celui entre le Royaume-Uni/États-Unis est ce à quoi l’Europe doit s'attendre, alors les États-Unis peuvent s’attendre à des contre-mesures. Nous ne serions pas satisfaits d’un tel accord », a répété le ministre suédois du Commerce, Benjamin Dousa, à son arrivée à Bruxelles.
Ses collègues français, polonais, finlandais, autrichien et irlandais l’ont rejoint sur ce point, devant la presse. « Nous sommes franchement trop grands, trop importants pour les États-Unis, pour avoir un accord qui soit profondément déséquilibré », a affirmé le sous-secrétaire d'État polonais au Développement économique, Michal Baranowski, après la réunion des ministres qu'il a présidée.
Les négociations se poursuivent. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a informé les ministres de son appel téléphonique d'hier avec le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick. « Nous nous sommes entendus pour intensifier les discussions au niveau technique », a indiqué M. Šefčovič à son arrivée au Conseil de l’UE. Il espère rencontrer le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, dans les prochaines semaines à Bruxelles, ou lors de la réunion ministérielle de l'OCDE à Paris, les 3 et 4 juin.
Au niveau technique, les discussions se concentrent à l’heure actuelle sur les secteurs de l’acier, des semi-conducteurs, de l’automobile et des matières premières critiques.
Mais la Commission reste lucide sur le fait qu’elle n’arrivera sûrement pas à se débarrasser de tous les tarifs américains imposés depuis le début de l’année.
Mesures de représailles. La Commission recueille donc des avis sur sa nouvelle liste de produits américains qui pourraient faire l’objet de droits de douane, si les négociations échouaient (EUROPE 13636/1).
Plusieurs États membres ont appelé à la prudence sur ces potentielles mesures. « Nous devrons être vigilants vis-à-vis de l’ensemble des acteurs qui sont peut-être plus vulnérables que les autres, parce que non délocalisables et parfois très symboliques de nos territoires », a indiqué le ministre délégué français chargé du Commerce, Laurent Saint-Martin, à Agence Europe. Il faisait notamment référence aux vins et spiritueux français, qui font l'objet de représailles de la part de Washington.
Maroš Šefčovič s'est voulu rassurant : la Commission procédera de manière prudente sur les mesures de rééquilibrage.
Renforcer les autres partenariats. Dans ce contexte de tensions commerciales, les pays de l’UE parlent d’une seule voix pour appeler au renforcement des liens commerciaux avec d’autres partenaires que les États-Unis. Mais l’Autriche va encore plus loin : elle a soumis l’idée d’élargir l’Espace économique européen (EEE) au-delà des frontières continentales de l’Europe, aux pays ayant déjà des relations commerciales poussées avec l’UE, tels que le Canada ou même Israël.
Au-delà du libre-échange, il s’agirait également d’harmoniser les procédures aux frontières, d’établir des normes communes ou encore des reconnaissances mutuelles.
La Suède s’est ralliée à cette proposition et en a même formulé une autre : l’UE devrait collaborer davantage avec les membres de l’Accord de partenariat global et progressiste transpacifique (CPTPP), voire le rejoindre, selon le ministre suédois du Commerce.
Toutefois, plusieurs autres pays, dont la France, se sont montrés frileux quant à ces propositions, expliquant que la priorité était, dans un premier temps, de s'occuper des accords commerciaux en négociation ou en phase de ratification. (Léa Marchal)