La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, a reconnu, jeudi 8 mai, que les Européens étaient frustrés de ne pas pouvoir changer la situation à Gaza, où la situation humanitaire est catastrophique.
« La frustration des États membres concernant le fait que nous ne pouvons pas arrêter ce qu’il se passe à Gaza est immense », a-t-elle expliqué à l’issue d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Varsovie. Selon une source européenne, il y avait « de la colère dans la salle » concernant la situation.
Le même jour, les États membres n’ont pas été capables de se mettre d’accord sur une déclaration commune sur la situation, Mme Kallas reconnaissant des vues divergentes et des différences entre les positions des États membres. « La plupart des pays de l'UE ont admis que la situation à Gaza était intenable et se détériorait rapidement et que le projet d'intensification des opérations militaires à Gaza entraînerait de nouvelles souffrances pour la population civile », a expliqué Mme Kallas.
Elle a également rejeté « toute tentative de changement démocratique ou territorial dans la bande de Gaza ainsi que tout déplacement forcé de la population palestinienne ». La Haute Représentante a exhorté Israël à lever immédiatement le blocus et à veiller à ce que l'aide humanitaire parvienne aux personnes dans le besoin.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski, a rappelé que si Israël avait le droit de se défendre, en tant que pouvoir occupant de Gaza et de la Cisjordanie, il était responsable de la santé de la population. « Si Israël ne veut pas de notre argent pour nourrir ces personnes, Israël a le devoir de le faire », a-t-il prévenu.
À la sortie de la réunion, le ministre espagnol, José Manuel Albares Bueno, a annoncé que son pays allait présenter une résolution aux Nations Unies sur la situation à Gaza, « donc, tout le monde devra prendre position ». « Il est plus important que jamais que l'Europe s'élève contre ce qui se passe actuellement à Gaza. L'Europe doit être très active (…) pour lever le blocus alimentaire, matériel et médical, pour garantir que l'aide humanitaire parvienne à tous les habitants de Gaza », a-t-il plaidé.
Mais alors que les États membres ne s’accordent pas sur des mots, il y a peu de chances qu’ils s’accordent sur une réponse à donner à la situation. Ils débattront cependant, lors de leur Conseil du 20 mai, de la proposition du ministre néerlandais de réviser l’accord d’association avec Israël, en lien avec l’article 2 sur le respect des droits de l’homme.
Le ministre espagnol et la ministre finlandaise, Elina Valtonen – qui a dénoncé une politisation de l’aide humanitaire par Israël -, ont publiquement apporté leur soutien à l’initiative de leur homologue néerlandais. (Camille-Cerise Gessant)