Réunis samedi 12 avril au Musée de l’Armée polonaise de Varsovie pour une seconde journée de discussions informelles (EUROPE 13620/2), les ministres européens des Finances ont exploré plusieurs pistes de financement commun d'achats d’équipements de défense.
Les échanges ont été nourris par la présentation d’une étude du centre de réflexion (‘think tank’) bruxellois indépendant Bruegel, qui préconise la mise en place d’un ‘Mécanisme européen de défense’ (EDM) (EUROPE B1361623).
« La plupart des ministres se sont montrés intéressés par le document de Bruegel », a rapporté la Présidence du Conseil de l’UE, la Pologne ayant cherché à stimuler le débat autour de cette proposition.
« La majorité des ministres partageaient l’idée que des outils supplémentaires, des mesures complémentaires, pourraient être nécessaires », a souligné le ministre polonais, Andrzej Domański, samedi, lors d’une conférence de presse.
Le Mécanisme EDM permettrait aux États membres de l’UE volontaires, ainsi qu’à des pays tiers partenaires comme le Royaume-Uni, la Norvège ou encore l’Ukraine, de lever ensemble des fonds sur les marchés de capitaux afin d'acquérir du matériel militaire.
Interrogé sur cette approche, le commissaire européen à l’Économie et à la Productivité, Valdis Dombrovskis, a reconnu l’intérêt du principe d’une ‘coalition de volontaires’, qui permettrait d’éviter l’exigence d’unanimité inhérente aux décisions relevant du budget européen. Il a ausi questionné le rôle que pourrait jouer la Commission européenne au sein d'une structure intergouvernementale ouverte à des pays tiers.
« Cela nécessiterait des discussions distinctes, mais cela contribuerait certainement à atteindre certains objectifs, comme la possibilité de coopérer avec d'autres partenaires partageant les mêmes valeurs en dehors de l’UE », a-t-il déclaré.
Solidarité ouest-est. « La défense de l’Europe doit être holistique, en prenant en compte toutes les frontières. Nous sommes tous engagés dans un bien public européen qu’est la défense », a souligné le ministre portugais, Joaquim Miranda Sarmento, témoignant sa solidarité envers les pays les plus directement exposés à la menace russe.
« C’est le moment pour la solidarité européenne, de soutenir l’Ukraine et les nations de l’Est en première ligne », a par ailleurs déclaré son homologue espagnol, Carlos Cuerpo, à l'Agence EFE.
Parmi les réflexions engagées samedi, l'Espagne a présenté l'idée d'un nouveau fonds de défense « de transition », combinant subventions et prêts. Celui-ci serait alimenté par des contributions volontaires, des financements de l'UE, l’émission de dette commune ou encore les revenus des avoirs russes gelés.
Valdis Dombrovskis a indiqué « l'ouverture » de la Commission européenne à ces différents projets de financement, y compris ceux imaginés hors du cadre institutionnel de l'Union.
Priorité à 'ReArm Europe'. Le plan 'ReArm Europe' (EUROPE 13592/1) demeure la priorité de travail des États membres de l'UE.
Trois outils de ce plan figuraient sur la table des ministres : - l’activation de la clause de sauvegarde nationale du ‘Pacte de stabilité et de croissance’ ; - l’instrument de prêt ‘SAFE’ à hauteur de 150 milliards d’euros (EUROPE 13619/14) ; - l’orientation du financement privé vers le secteur de la défense, avec notamment une implication accrue de la BEI.
Une « grande majorité » des pays de l’UE envisagent l'activation de la clause de sauvegarde nationale, a affirmé M. Dombrovskis.
La Commission, qui souhaite procéder de manière « coordonnée et synchronisée », a invité les États membres à soumettre leur demande d’activation de cette clause d'ici fin avril.
« La Commission est prête à évaluer rapidement les demandes reçues et à adopter des recommandations en juin, en vue de leur adoption par le Conseil en juillet », a déclaré M. Dombrovskis. (Bernard Denuit)