La Commission européenne a annoncé, lundi 14 avril, à l’occasion du tout premier dialogue politique de haut niveau entre l’UE et l’Autorité palestinienne (AP), un programme pluriannuel d'un montant maximal de 1,6 milliard d'euros pour le redressement et la résilience de l'AP.
« L'Autorité palestinienne est la seule forme légitime de gouvernement en Palestine. Nous devons la renforcer et la préparer au travail de reconstruction nécessaire et à la recherche d'une solution à deux États », a expliqué le ministre irlandais, Simon Harris, alors que, selon son homologue belge, Maxime Prévot, « une Autorité palestinienne forte est le moyen d’éviter un Hamas fort ».
Le plan de la Commission européenne, qui couvrira la période 2025-2027, s'articule autour du soutien aux services pour le peuple palestinien, du soutien au redressement et à la stabilisation de la Cisjordanie et de Gaza et du soutien au secteur privé.
Environ 620 millions d'euros de subventions d'aide directe au budget de l'AP devraient soutenir les services pour les Palestiniens et répondre aux besoins les plus urgents de l'administration publique. La plupart des décaissements seront liés aux progrès de l'AP dans ses réformes en matière de viabilité budgétaire, de gouvernance démocratique, de développement du secteur privé et d'infrastructures et services publics.
« L’Autorité nationale palestinienne est confrontée à des circonstances extrêmement difficiles et elle mène ses réformes avec beaucoup de minutie, sous une pression énorme », a salué le ministre espagnol, José Manuel Albares.
576 millions d’euros de subventions seront affectés au soutien à des projets concrets sur le terrain afin de favoriser le redressement économique et la résilience en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza, dès que la situation sur le terrain le permettra. L’accent sera notamment mis sur l'eau, l'énergie et les infrastructures. Sur ces fonds, la Commission compte allouer 82 millions d'euros par an à l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).
Enfin, la Commission soutiendra, par des prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI) pouvant atteindre 400 millions d'euros, de nouveaux financements en faveur du secteur privé palestinien, sous réserve de l'approbation des organes directeurs de la BEI.
L’UE presse également Israël de verser à l’Autorité palestinienne les recettes fiscales que l’État hébreu collecte pour les Palestiniens. Il s’agirait de 2 milliards de dollars.
Par ailleurs, la commissaire européenne à la Méditerranée, Dubravka Šuica, a annoncé le lancement d’une plateforme de donateurs dédiée à la Palestine « dans quelques semaines ». « Cette plateforme permettra à l'AP de présenter la mise en œuvre de son programme de réformes et garantira une transparence totale dans la mise en œuvre du programme », selon elle.
La plateforme devrait aussi permettre de discuter des éléments clés de l'engagement futur à Gaza et de coordonner les efforts internationaux pour son redressement et sa reconstruction, dès que les conditions le permettront, a précisé la Commission dans son communiqué. « L'UE sera présente, mais nous ne pouvons pas être seuls. Nous attendons donc la participation des pays arabes », a expliqué Dubravka Šuica. Selon la Haute Représentante de l'UE, Kaja Kallas, l'UE pourrait aussi soutenir, grâce à sa mission de soutien à la police dans les territoires palestiniens, EUPOL COPPS, actuellement déployée en Cisjordanie, la création d'une police civile à Gaza, en temps voulu.
Reconnaître l'État de Palestine. À l'issue du tout premier dialogue de haut niveau UE-Palestine, la Haute Représentante de l'UE a dénoncé la situation humanitaire à Gaza (voir autre nouvelle) et la situation « inquiétante » en Cisjordanie, rappelant l'opposition européenne à la politique de colonisation israélienne. Tout en dénonçant la violence de certains colons, Mme Kallas a reconnu qu'il n'y avait pas d'unanimité pour imposer des sanctions supplémentaires à leur encontre.
De son côté, le Premier ministre palestinien, Mohammad Mustafa, a appelé à tenir Israël pour responsable des crimes commis à Gaza. « Le silence inspire seulement l'impunité. Cela doit s'arrêter », a-t-il prévenu.
Alors que Mme Kallas a rappelé que tous les États membres de l'UE étaient en faveur d'une solution à deux États, M. Mustafa a estimé que cela devait se traduire par du leadership et nécessitait que les 16 pays de l'UE qui ne l'ont pas encore fait reconnaissent l'État palestinien « dès qu'ils le peuvent ». Le Premier ministre a annoncé que « plusieurs » États membres pourraient, dans le giron de la France, reconnaître son pays lors de la Conférence des Nations Unies sur la Palestine, en juin à New York.
Par ailleurs, Mme Kallas a promis que l'UE allait explorer la possibilité pour les Palestiniens, qui en ont fait la demande, de participer au programme Horizon Europe.
Voir la déclaration de Mme Kallas publiée à l'issue du dialogue : https://aeur.eu/f/gf0 (Camille-Cerise Gessant)