La commission de l’agriculture du Parlement européen a demandé, jeudi 27 mars, lors d'un débat avec des experts sur le renforcement du pouvoir des exploitants, des mesures au niveau de l’UE pour améliorer les prix payés aux agriculteurs et la transparence dans la chaîne d’approvisionnement.
Anton Delbarre (EuroCommerce) a notamment estimé, s’agissant du bio aux Pays-Bas, qu’il n’y avait pas de lien entre les marges nettes des agriculteurs et les marges des supermarchés. Kjartan Poulsen (European Milk Board) a demandé une législation de l’UE prévoyant des prix supérieurs aux coûts de production et une réforme du système des contrats.
Pour Benoit Cassart (Renew Europe, belge), il ne faut jamais oublier que le coût de production dans une économie libérale n'est pas lié à court terme au prix. Le prix est le résultat de l'offre et la demande. « Dans ce contexte, l'interdiction de vente à perte n'a aucun sens, puisque dans une économie libérale, nul n'est capable d'obliger un acheteur d'acheter un produit, quel que soit le prix », selon lui.
Stefano Bonaccini (S&D, italien) a prôné davantage de transparence pour connaître la structure des prix et tous les acteurs tout au long de la filière et savoir quelle est leur marge. Il est important aussi, à ses yeux, d'appliquer de manière transfrontière la directive sur la lutte contre les pratiques commerciales déloyales. M. Bonaccini a suggéré la création d’un système européen de suivi des prix tout au long de la filière (ceci existe dans certains États membres, comme en Italie). Cette mesure permettrait d’avoir des données en vue de la future révision de la directive sur les pratiques déloyales « et on pourrait même arriver à l'interdiction de la vente à perte », a justifié M. Bonaccini.
Pour Fabio Del Bravo (Istituto di Servizi Mercato Agricolo Alimentare), la transparence des marchés permet aux responsables politiques et aux consommateurs de faire les choix. Le ministère vient d'avoir un système permettant de comparer les prix de production et ceux à la vente. Il y a un problème de concentration, a reconnu M. Del Bravo. Il a conseillé d'éliminer les coûts inutiles dans les filières.
« On ne peut plus accepter les retards de paiement, les changements de contrats unilatéraux », a lancé Maria Grapini (S&D, roumaine), qui a fustigé les spéculateurs sur les marchés. Martin Häusling (Vert/ALE, allemand) a précisé que, dans son pays, les grandes chaînes déterminent les prix de 85% du marché. « Il faut que nous réfléchissions à la manière de limiter ce processus de concentration ».
Pour Éric Sargiacomo (S&D, français), l'idée dans la loi française Egalim selon laquelle assurer une marge minimum pour les distributeurs bénéficiera à l'agriculteur « est à l'évidence un échec ». Il a conseillé au gouvernement français de s'appuyer sur les moyens qui permettent de « conforter l'offre », notamment grâce au financement des organisations de producteurs. Céline Bonnet (INRAE en France) a critiqué certains éléments de cette loi, dont le relèvement du seuil de vente à perte. Les initiatives ne vont pas assez loin, selon elle, en matière de pénalités, qui ne sont pas appliquées, a conclu Mme Bonnet. (Lionel Changeur)