Deux salles, deux ambiances. Quarante-huit députés issus des bancs des socialistes, de La Gauche et des Verts/ALE, menés par le polonais Krzysztof Śmiszek (S&D), ont transmis, jeudi 16 janvier, une série de questions à la vice-présidente de la Commission européenne chargée de la Souveraineté technologique, Henna Virkkunen.
Ils demandent des réponses tangibles sur les « effets négatifs réels ou prévisibles des déclarations d'Elon Musk sur le discours civique, les processus électoraux et la liberté et le pluralisme des médias dans le cadre du DSA ». Ils s'inquiètent des prises de position du milliardaire, alors que celui-ci doit bientôt devenir conseiller du président américain élu, Donald Trump.
La Présidente du groupe Renew Europe, Valérie Hayer, a également envoyé des questions complémentaires à la Commission sur la mise en œuvre du DSA, affirmant dans un post sur X, qu'« aucun propriétaire de plateforme ne peut utiliser son algorithme pour interférer dans les débats électoraux européens et pour saper l'égalité de tous à la liberté d'expression ».
Mercredi, Mme Virkkunen a été interrogée à ce sujet une heure durant, lors de la conférence des présidents de groupe du Parlement européen. Selon le média Politico, la présidente des Socialistes et Démocrates (S&D), Iratxe García, était loin d'être satisfaite des réponses de la commissaire et aurait affirmé que la Commission devrait être « plus active », « ferme » et moins « ambiguë » lorsqu'elle applique la loi sur les services numériques à l'encontre de X, Meta et TikTok.
D'un autre côté, dans une lettre envoyée à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, 40 députés issus des bancs de la droite radicale demandent d'inviter Elon Musk à s'exprimer en session plénière. Les parlementaires estiment que « ses motivations, son point de vue visionnaire sur le progrès mondial et ses idées [...] pourraient refaire de l'UE un pôle de créativité et de progrès technologique ».
Dans une réponse écrite envoyée au député Damian Boeselager (Verts/ALE, allemand) et publiée par ce dernier sur X, Henna Virkkunen rappelle que la plateforme fait déjà l'objet d'une enquête dans le cadre du DSA (EUROPE 13556/8) et que la Commission se dit déterminée à faire avancer l'affaire rapidement et à « prendre des mesures d'exécution, le cas échéant, en ce qui concerne toute autre suspicion ne faisant pas déjà l'objet d'une enquête ».
Ces deux visions diamétralement opposées de la figure de Musk et de l'influence de son réseau social, X, pourraient avoir des conséquences importantes pour l'Union et ses institutions.
Face à la position adoptée par Elon Musk et son compatriote Mark Zuckerberg contre les règlementations européennes (EUROPE 13556/7), la Commission n'a eu qu'une réponse en demi-teinte et le Parlement apparaît aujourd'hui clairement divisé, à quelques jours de l'investiture de Donald Trump et des premières décisions américaines envers l'UE.
Voir les questions des députés : https://aeur.eu/f/f31 (Isalia Stieffatre)