Les membres de la commission des Libertés civiles du PE ont interrogé, mardi 3 décembre, la Présidence hongroise du Conseil de l’UE et la Commission européenne sur la situation aux frontières orientales de l’UE, notamment aux frontières entre la Pologne et la Biélorussie, et sur les actions à venir sur la réponse à l’instrumentalisation de la migration.
En 2024, selon Frontex, les frontières terrestres orientales de l’UE ont vu une augmentation de 195% par rapport à l’année précédente avec 15 234 franchissements irréguliers. Pour la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, la hausse a été de 66% avec 8 000 arrivées alors que la situation s’est stabilisée entre la Finlande et la Russie.
Selon Beate Gminder, directrice générale de la DG HOME, 90% des personnes ayant traversé la frontière entre la Biélorussie et la Pologne avaient par ailleurs un visa russe.
Interrogée sur les actions du nouveau commissaire chargé de ces questions, Magnus Brunner, la directrice générale s’est contentée d’indiquer que la Commission mènera une réflexion sur les nouvelles actions à mener pour donner aux États membres tous les outils nécessaires.
Mais elle a écarté à nouveau la possibilité de faire financer des murs aux frontières extérieures par les fonds européens.
Questionnée à ce sujet par l’Estonienne Marina Kaljurand (S&D), qui a pointé la persistance des cas d’instrumentalisation des migrants depuis plus de trois ans et l’inaction de l’UE face à Moscou et Minsk, la directrice générale a indiqué que la Commission se concentre sur la valeur ajoutée des fonds et qu'« il n’y aura pas assez de fonds européens pour toutes les demandes ».
Les aides du budget européen doivent « se concentrer là où elles sont le plus utiles », par exemple sur les équipements techniques de surveillance des frontières, a ajouté la responsable.
Interrogée également sur les divers projets de loi nationaux envisagés ou appliqués pour répondre à ces situations d’instrumentalisation, comme en Finlande ou en Pologne, elle a aussi jugé qu’à ce stade, les États membres concernés ont tous essayé de répondre à ces problématiques de manière « proportionnée ».
« Il n’a pas de solution facile » ni de « réponse unique » pour ces pays de première ligne face aux agissements russes et biélorusses.
La directrice générale a aussi rappelé ce que peuvent faire actuellement les États membres dans le cadre du règlement ‘crises’ du ‘Pacte Asile et migration’, comme déroger aux règles sur les délais d’enregistrement des demandes de protection ou fermer les points de passage aux frontières. Tout cela doit cependant toujours se faire dans le cadre du respect des droits fondamentaux et du principe de non-refoulement, ce que le groupe des Patriotes pour l’Europe, par la voix de Fabrice Leggeri (français), a jugé être en contradiction avec ce que les États membres doivent faire pour empêcher ces arrivées.
Bálint Ódor, le représentant permanent de la Hongrie auprès de l’UE, est d'avis que le Conseil européen a pleinement pris la mesure de ces menaces hybrides. « On espère que le PE nous emboîtera le pas, car il s’agit de menaces graves qui font peser une vraie menace intérieure » et une menace pour les migrants confrontés à une crise humanitaire. (Solenn Paulic)