Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a insisté, mardi 3 décembre, à l'occasion de la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays alliés, à Bruxelles, sur l’importance de renforcer le soutien militaire à l’Ukraine alors que l’avenir de l’aide américaine est incertain avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence.
« L’Ukraine a le droit de se défendre et nous avons le devoir de l’aider. Nous devons donc continuer à lui apporter un soutien indéfectible », a souligné M. Rutte en amont de la réunion. « Nous mettons en place notre nouveau commandement de l’OTAN à Wiesbaden pour coordonner l’aide à la sécurité et la formation de l’Ukraine. Cela rend notre soutien plus constant et également plus durable. Mais nous devrons tous faire davantage, surtout maintenant », a-t-il prévenu, ajoutant que plus le soutien militaire de l’OTAN serait fort, plus Kiev aura de pouvoir à la table des négociations. Les Ukrainiens et les Alliés s’inquiètent de la fin possible du soutien américain et du fait que Donald Trump veuille pousser à des négociations de paix.
Interrogé sur la demande de l’Ukraine de recevoir une invitation formelle à adhérer à l’OTAN, car la « seule véritable » garantie de sécurité est une « pleine adhésion » à l’Alliance, M. Rutte a botté en touche. « Nous devons nous concentrer sur ce qui est nécessaire maintenant. Et ce qui est nécessaire maintenant, c’est de s’assurer que l’aide militaire ira à l’Ukraine, car c’est maintenant crucial pour eux », a répété le secrétaire général, rappelant tout de même la voie irréversible de l’Ukraine vers l’OTAN.
Selon lui, il faut se concentrer sur « comment faire parvenir plus d’aide militaire à l’Ukraine, plus de défense antimissile en Ukraine, une meilleure coordination de tout ce qui est fait », y compris avec l'UE.
Le ministre ukrainien, Andriy Sybiga, a appelé les Alliés à renforcer leur soutien. « Nous avons besoin de décisions fortes pour nous renforcer, pour renforcer nos capacités », a-t-il plaidé, mettant en avant la défense antiaérienne. « L'Ukraine a besoin de toute urgence de la fourniture d'au moins 20 systèmes de défense aérienne supplémentaires du type HAWK, NASAMS ou IRIS-T. Cela permettra d'éviter les coupures de courant », a-t-il souligné devant les médias. Face à M. Rutte, il a estimé que son pays avait besoin de 19 systèmes pour protéger 19 infrastructures, ce qui permettrait au pays de « passer l’hiver », alors que la Russie poursuit ses attaques aériennes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, y compris nucléaires, selon le ministre. M. Sybiga a précisé avoir envoyé une liste des besoins de son pays.
Le secrétaire général de l’OTAN a également expliqué qu’il ne fallait pas transformer l’hiver en arme ('weaponisation of winter').
« Nous devons arrêter la Russie et empêcher ses troupes d'avancer sur notre territoire. Leur logique est claire : ils tentent d'occuper le plus de territoire possible pour renforcer leur future position de négociation », a prévenu le ministre ukrainien. Si un haut responsable de l’OTAN a reconnu que la fourniture de défense antiaérienne était cruciale, il a précisé que l’Ukraine avait aussi besoin de soldats, ajoutant que cela permettrait d’avoir une bonne rotation des soldats sur le front.
En effet, sur le terrain, l’Ukraine est en difficulté. Selon ce haut responsable de l’OTAN, la Russie a réalisé des « progrès rapides » ('rapid gains') ces derniers mois. S’il y a quelques mois, on parlait d’avancées de 10 mètres par jour, « maintenant, certains jours, on parle de 10 km », a ajouté cette source. La Russie serait aussi en capacité de remplacer ses pertes - qui s'élèveraient à 30 000 personnes par mois, et il y aurait de 10 à 12 000 soldats nord-coréens à Koursk.
À l’heure de notre bouclage, les ministres des pays alliés se réunissaient avec Andriy Sybiga pour un dîner de travail du Conseil OTAN-Ukraine. La nouvelle Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, sera également présente. « L’OTAN et l’UE doivent travailler en étroite collaboration pour soutenir l’Ukraine », avait justifié M. Rutte plus tôt dans la journée. (Camille-Cerise Gessant)