L’Union européenne n’atteindra pas ses objectifs en matière d’hydrogène renouvelable, comme le confirment un rapport de l’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) ainsi que le ‘Clean Hydrogen Monitor 2024’ de l’organisation Hydrogen Europe, tous deux parus le 19 novembre.
Dans le prolongement des constats de la Cour des comptes européenne (EUROPE 13455/11), le rapport de l’ACER indique que l’UE ne sera pas en mesure de répondre à l’objectif de consommation d'hydrogène renouvelable de 20 millions de tonnes (Mt) alors que la consommation actuelle au niveau européen est de 7,2 Mt. De plus, 99,7% de cette consommation est encore produite à partir de combustibles fossiles.
« Les capacités se construisent sans que la demande soit là, et c'est là le problème le plus important de nos industries : la demande », a insisté le directeur général d’Hydrogen Europe, Jorgo Chatzimarkakis, devant la presse, dans le cadre de la 'Semaine de l'Hydrogène', à Bruxelles.
Le rapport souligne en particulier une réduction de la consommation d’hydrogène pour la production d’ammoniac de 36% suite à la hausse des prix du gaz naturel en 2022. En Europe, les productions d'ammoniac et de méthanol ont ainsi été gravement touchées par les fermetures d'usines et la concurrence des importations, sans reprise par la suite.
Conditions de marché défavorables. L’ACER rapporte également que la capacité d'électrolyse reste limitée, que les coûts sont toujours élevés et que les incertitudes persistent concernant la planification d'une infrastructure importante de l’hydrogène renouvelable.
Ce sont également des difficultés que le rapport d’Hydrogen Europe souligne, indiquant que, dans un scénario de trajectoire actuelle, 1,7 Mt d'hydrogène électrolytique et 0,8 Mt d'hydrogène thermochimique seront produits en Europe d'ici 2030, soit un total de 2,5 Mt d'hydrogène propre produit en Europe d'ici 2030.
Dans un scénario comprenant des conditions de marché améliorées, les projets en Europe pourraient atteindre 4,4 Mt, loin de l'objectif de production de 10 Mt d'hydrogène renouvelable d'ici 2030.
Toutefois, pour atteindre ce scénario, le rapport souligne que des améliorations sont nécessaires concernant le cadre réglementaire complexe ou absent, le manque de cadre réglementaire national, mais aussi le développement lent des infrastructures de transport, de stockage et d’importation de l’hydrogène.
Commerce international. Jorgo Chatzimarkakis estime que le commerce international de l’hydrogène (objectif de 10 Mt d’importations) sera absolument essentiel, à condition que l'infrastructure soit construite à temps pour soutenir les flux commerciaux à l'intérieur et à l'extérieur de l'Europe.
Financement public. Le financement de la part des États membres doit également être réévalué, avec, actuellement, des fonds nationaux engagés s'élevant à 37 milliards d'euros, dont 40% proviennent de l'Allemagne et 27% des Pays-Bas.
Les programmes de financement au niveau de l'UE, quant à eux, ont alloué environ 5 milliards d'euros pour soutenir les initiatives liées à l'hydrogène depuis 2021, principalement grâce au Fonds pour l'innovation et à Horizon Europe.
Acte délégué 'RFNBO'. Interrogé sur les attentes de la nouvelle Commission européenne, M. Chatzimarkakis a expliqué qu’il ne souhaitait pas attendre 2028 pour procéder à une révision de l’acte délégué ‘RFNBO’ définissant l’hydrogène renouvelable (EUROPE 13220/35), notamment afin de retarder les règles d’‘additionalité’ et de revoir les règles pour les zones d’enchères pour les importations dans l’UE.
COP29. Sur le plan international, il a salué l’adoption, vendredi 15 novembre, lors de la COP29 à Bakou (voir autre nouvelle), d’une déclaration sur l’hydrogène visant à accroître la production d'hydrogène renouvelable et bas carbone ainsi qu’un engagement mondial pour le stockage de l’énergie et les réseaux (EUROPE 13517/21).
Le rapport de l'ACER : https://aeur.eu/f/ee4
Le rapport d'Hydrogen Europe : https://aeur.eu/f/ee3 (Pauline Denys)