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Bulletin Quotidien Europe N° 13527
SÉCURITÉ - DÉFENSE / DÉfense

Les États membres devraient dépenser 326 milliards d’euros en défense en 2024, selon l’Agence européenne de Défense

L’Agence européenne de défense (EDA) a annoncé, mardi 19 novembre, que les États membres de l’UE devraient dépenser, en 2024, 326 milliards d’euros en défense, soit 1,9% du PIB. En 2023, ces derniers ont dépensé 279 milliards (soit une hausse de 10%), mais cinq États membres ont réduit leurs dépenses (la Grèce, Chypre, la Roumanie, la Croatie et la Slovaquie).

« Il semble que le chiffre de 2% ne sera pas suffisant, pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés. Il faudra prendre davantage de mesures », a souligné le Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, à l’issue du Conseil des Affaires étrangères en formation 'Défense'. En 2014, les dirigeants des pays de l'OTAN s'étaient engagés à consacrer 2% du produit intérieur brut (PIB) de leur pays à la défense, un chiffre devenu symbolique. 

« L'Europe doit faire plus et plus vite pour accroître ses capacités de défense, non seulement pour soutenir l’Ukraine, mais aussi pour sa propre sécurité », a ajouté M. Borrell.

Selon l’EDA, en 2024, les États membres devraient également consacrer 102 milliards d’euros aux investissements dans la recherche, le développement et l’acquisition de nouvelles capacités de défense.

Chiffres d'affaires en hausse pour l'industrie européenne

De son côté, l’Association de l’aérospatiale, la défense et la sécurité (ASD) a annoncé, le 19 novembre, que ses entreprises européennes de défense (y compris hors UE) avaient eu un chiffre d’affaires de 158,8 milliards d’euros en 2023, soit 16,9% de plus qu’en 2022 (hausse de 15,8% pour l’aéronautique militaire, 17,7% pour le secteur maritime et 17,7% pour le secteur terrestre). Les exportations militaires ont augmenté de 57,4 milliards, soit 12,6% en 2023.

Micael Johansson, directeur général de Saab et vice-président du conseil d'administration de l'ASD, a estimé que les nations européennes doivent collaborer davantage et s'approvisionner de façon accrue auprès de fournisseurs européens. Ainsi, tout en saluant la volonté de l’UE d’avoir des fonds européens plus importants pour la défense dans le prochain cadre financier pluriannuel, il a reconnu que les États devaient prendre leurs responsabilités, ensemble, pour avoir du poids ('to create the scale'). Ce sera le seul moyen d’être plus pertinent et résilient, selon Guillaume Faury, président de l’ASD et CEO d’Airbus.

Selon M. Faury, les commandes portent avant tout sur réapprovisionnement à court terme et peu sur des investissements à moyen et long terme. Il a ajouté que l’Europe faisait face à des géants et qu’il fallait tout faire pour pouvoir être compétitif à l’échelle mondiale. Cela passe notamment par des investissements. Selon M. Johansson, s'il y a eu des progrès, il faut des engagements à long terme pour qu'il y ait des investissements à long terme. Il a aussi mis en avant les difficultés d'accès aux financements et la position - pas assez claire, selon lui - de la Banque européenne d'investissement.

Les deux hommes ont salué le rapport 'Draghi', qui estime qu’il faudrait 500 milliards d’euros pour la défense.

Approbation du rapport CARD. Lors du comité directeur de l’Agence européenne de défense, les ministres européens de la Défense ont également approuvé le rapport sur l’Examen annuel coordonné sur la défense (CARD) pour 2024.

Selon le rapport, « malgré l’augmentation des dépenses de défense, les efforts nationaux à eux seuls ne sont pas suffisants pour permettre aux forces armées des États membres de l’UE de se préparer adéquatement à une guerre de haute intensité ». « Une plus grande coopération est nécessaire. La collaboration de l’UE doit s’accélérer pour aligner les efforts nationaux sur les objectifs convenus, converger avec l’OTAN et réduire la fragmentation », précise le rapport.

Les États membres doivent donc répondre simultanément aux besoins opérationnels à court terme et aux priorités de planification à long terme, selon le rapport. 

De plus, ils doivent investir conformément aux priorités de développement des capacités de l’UE convenues pour 2023. « Cela comprend le réapprovisionnement des stocks, la modernisation des systèmes de défense terrestre et aérienne et le renforcement de l’interopérabilité. Les investissements dans des outils stratégiques tels que la cyberdéfense sûre et résiliente, les systèmes de commandement et de contrôle (C2), la connaissance de la situation cybernétique et spatiale et les communications par satellite sont tout aussi cruciaux », détaille le rapport.

Enfin, pour renforcer la base industrielle et technologique de défense européenne et réduire la dépendance à l’égard des fournisseurs extérieurs, les États membres doivent coopérer plus étroitement et développer des chaînes d’approvisionnement de défense de l'UE sécurisées, selon le document.

Renforcement de la coopération. Par ailleurs, plusieurs États membres ont signé des lettres d’intention politiques pour développer les quatre projets.

Ainsi, 18 États membres (la Belgique, la Bulgarie, Chypre, l'Allemagne, le Danemark, la Grèce, la Finlande, la France, la Croatie, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovénie et la Suède) veulent combler collectivement les lacunes urgentes en matière de capacités à court terme en achetant des systèmes aériens sans pilote (C-UAS), des systèmes de défense aérienne au sol (GBAD) et des munitions. 

17 États membres (la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la République tchèque, l'Allemagne, l'Estonie, la Grèce, la Finlande, la France, la Croatie, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie et la Slovénie) entendent regrouper leurs besoins en vue d'acquérir des munitions rôdeuses à court terme et de travailler à leur développement ultérieur à moyen et long terme. 

14 États membres (la Belgique, Chypre, la République tchèque, l'Allemagne, l'Estonie, la Grèce, la Finlande, la France, la Croatie, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Slovénie) voudraient améliorer conjointement leurs capacités en termes de guerre électronique par l’acquisition partagée d’équipements, la mise en place de plateformes de partage de données et le développement de doctrines, de formations, d’exercices et d’installations communes. 

Enfin, concernant le navire de combat européen (ECV), un navire de combat de surface modulaire polyvalent, 7 États membres (la Belgique, Chypre, la Grèce, l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Portugal) comptent développer la prochaine génération de navires. Ils prévoient d'harmoniser les exigences, d'élaborer une analyse de rentabilisation et de se préparer à un approvisionnement conjoint d'ici 2040. (Camille-Cerise Gessant)

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