La commissaire européenne désignée pour le portefeuille de l’Environnement, Jessika Roswall, a été auditionnée par les eurodéputés, mardi 5 novembre.
Interrogés par Agence Europe au sortir de l’audition, Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais) et Tiemo Wölken (S&D, allemand) ont préféré attendre les discussions avec leur groupe avant de donner leur avis. Mais ce dernier a tout de même précisé qu’« évidemment, ce n’était pas la meilleure audition possible ».
Dans l'arrière de la salle, à la fin de la séance, une personne présente disait à une autre que la commissaire désignée « n'avait pas été très courageuse ».
Pendant trois heures, Jessika Roswall a fait le grand écart entre les questions environnementales et la compétitivité, terme répété dans presque chacune de ses réponses, martelant à maintes reprises à quel point ces aspects étaient « les deux faces d'une même pièce ».
Tiraillée entre la préservation de la nature et l'impératif de compétitivité inscrit dans la lettre de mission que lui a concoctée la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Jessika Roswall a souvent répondu à côté de questions pourtant précises.
Après l'audition, le président de la commission de l'environnement du PE, Antonio Decaro (S&D, italien), a estimé que Mme Roswall avait pour elle d'avoir « répondu à toutes les questions ». Celles-ci concernaient les priorités de sa lettre de mission, qu'elle avait détaillées dans ses réponses écrites aux questions préalables des eurodéputés (EUROPE 13512/10).
La commission parlementaire a ainsi décidé de poursuivre son évaluation de la prestation de la candidate mercredi 6 novembre.
Mais la commissaire désignée à l'Environnement a aussi été rattrapée par le contexte politique difficile des derniers mois, autour des législations prévues par le 'Pacte vert européen'. Ainsi, l'ancienne ministre suédoise des Affaires européennes a dû rassurer à plusieurs reprises des eurodéputés sur sa volonté de défendre le règlement sur la restauration de la nature (EUROPE 13432/14) et celui sur la 'déforestation importée' (EUROPE 13404/5), deux textes auxquels la Suède s'est opposée.
Face aux doutes exprimés par Pascal Canfin (Renew Europe, français), Jessika Roswall a précisé qu'elle demandait la confiance des députés « en tant que commissaire européenne et non en tant qu’ambassadrice de la Suède ». À Jonas Sjoestedt (La Gauche, suédois), qui pointait la « responsabilité historique de la Suède » sur les questions environnementales, Mme Roswall s'est positionnée en ancienne juriste, qui « pense que chacun doit respecter les règles » et qui, de ce fait, défendra « une égalité de traitement pour tous les États membres » et « n'hésitera pas à prendre des mesures », s'il le faut.
Par ailleurs, la Suédoise s'est « étonnée » que son propre pays ne recyclait pas le plastique autant qu'elle le pensait.
Stratégie européenne pour la résilience de l'eau. Au rang des objectifs qui lui ont été attribués, celui sur la gestion et la résilience de l'eau a été particulièrement évoqué, alors que la région de Valence, en Espagne, a subi des inondations dévastatrices fin octobre (EUROPE 13516/11). « La situation des infrastructures dans le domaine de l'eau n'est pas satisfaisante dans l'UE », a convenu la commissaire désignée, en réponse à une question d'Alexandr Vondra (CRE, tchèque).
Sur ce sujet, Mme Roswall doit reprendre le flambeau de son prédécesseur, Virginijus Sinkevičius, qui avait annoncé il y a un an la présentation d'une stratégie européenne pour la résilience de l'eau (EUROPE 13274/18), dont les objectifs sont multiples : préserver la qualité et la quantité de l'eau dans l'UE, s'attaquer à la pollution, la pénurie et les effets du changement climatique. Pour ce faire, la commissaire désignée avait déjà expliqué qu'elle encouragerait des investissements significatifs dans les infrastructures hydriques et les technologies industrielles propres, dans une approche globale « de la source à la mer ».
Ajoutant vouloir « mettre l'accent sur des solutions basées sur la nature », Jessika Roswall a mentionné la mise en œuvre « essentielle » de la restauration de la nature, et ce, notamment, « par la création et la préservation de zones humides ». À propos de la pénurie d'eau, il faudra aussi travailler à la réutilisation de la ressource hydrique, selon elle.
Acte pour une économie circulaire. Ce thème « [me] tient particulièrement à cœur », a déclaré Mme Roswall. Nécessaire pour réduire l'empreinte environnementale de l'UE, selon elle, l'Acte pour une économie circulaire va demander de « combiner la durabilité et la compétitivité ».
Chargée d'initier l'acte, Jessika Roswall veut s'atteler à faire du marché unique de l'économie circulaire une réalité. Elle a notamment identifié la demande relativement faible de matières premières secondaires et de services circulaires comme l'un des principaux défis. Elle a aussi prôné la création d'un « vrai marché des déchets ».
L'ancienne ministre a répété à plusieurs reprises que l'économie circulaire était un « élément clé du pacte pour une industrie propre », insistant sur la simplification et sur l'harmonisation, pour que « les règles soient les mêmes pour toutes les entreprises ». Selon elle, la clef de l'Acte pour une économie circulaire se trouve aussi surtout « dans l'application de la législation existante ».
Révision du règlement REACH. Prévue pour 2025, la révision du règlement devra permettre de protéger l'environnement et la santé humaine, tout en simplifiant la vie des entreprises. « Comment garantir que le second objectif n'annihile pas le premier ? », a ainsi demandé Hélène Fritzon (S&D, suédoise), sans obtenir de précisions de la commissaire désignée. Cette dernière a répété la nécessité de poursuivre les deux objectifs, sans par ailleurs donner de calendrier pour interdire les substances PFAS dans les produits destinés aux consommateurs.
La commissaire désignée a insisté sur la nécessité pour l'industrie de rester compétitive, alors que les substances chimiques sont parfois « une nécessité », laissant les eurodéputés face à leurs interrogations sur ce qui primera.
Révision de la stratégie européenne de la bioéconomie. Présentée en 2018 (EUROPE 12115/8), cette stratégie doit permettre d'éviter le recours aux énergies fossiles en privilégiant les ressources issues de la biomasse (bois, plantes, algues, résidus agricoles).
Cette priorité a illustré une fois de plus la difficulté de préserver la nature tout en stimulant la compétitivité de l'UE. La bioéconomie est un « secteur en croissance », a estimé la Suédoise, qui, constatant que « la demande issue des combustibles des forêts augmente », veut « creuser tout son potentiel pour voir comment cela peut contribuer à la circularité ».
« Qu'en est-il de l'utilisation durable des forêts ? », a demandé Alexander Bernhuber (PPE, autrichien), alors que « le Pacte vert n'encourage pas l'utilisation du bois, la rendant plus difficile ». L'eurodéputé n'a pas obtenu de précisions de la part de Jessika Roswall, qui s'est contentée de confirmer qu'« il faudra utiliser les ressources de façon durable ».
Identifiant lui aussi la potentielle antinomie entre le développement de la bioéconomie et la préservation de l'environnement, Michal Wiezik (Renew Europe, slovaque) a estimé que les États membres « trainent des pieds » quand il s'agit de cartographier les forêts, « parce qu’ils veulent favoriser la bioéconomie ». Face à ces divergences, l'eurodéputé a posé la question que nombre de ses collègues de la commission de l'environnement du PE auraient pu poser : « Serez-vous une commissaire forte ? »
Jessika Roswall « se perçoi[t] comme pouvant jouer ce rôle » et a assuré qu'il y a des règles à respecter, notamment relatives à la restauration de la nature, mais n'a pas su dire comment elle ferait vivre ces deux « côtés d'une même pièce ». (Florent Servia)