Le Parlement européen s'est accordé sur les lignes budgétaires et les montants du projet de budget 2025. En fixant les crédits d'engagement à près de 201 milliards d'euros, il propose 1,24 milliard de plus que la Commission européenne (EUROPE 13435/5).
En adoptant les lignes budgétaires, le Parlement européen a donc soutenu les compromis atteints par la commission des budgets du PE pour le budget 2025. « Nous pensons que le budget de l'UE pour 2025 doit se concentrer sur les investissements », a prôné le rapporteur du budget 2025, Victor Negrescu (S&D, roumain), rejetant la position du Conseil de l'UE « qui correspond à un budget d'austérité », selon lui.
Des hausses de financements ont ainsi été demandées pour « des programmes essentiels » tels qu'Erasmus+, EU4Health et Cluster Health dans le cadre du programme-cadre de recherche Horizon Europe, mais aussi pour les programmes agricoles et pour le Mécanisme de protection civile.
Le Parlement européen défend un financement adéquat pour la jeunesse, les agriculteurs, les PME, l’éducation, la santé, la recherche, les infrastructures, la sécurité et l’aide humanitaire. Les eurodéputés veulent que le budget de l'UE réponde aux défis actuels que sont les conséquences de la guerre de la Russie contre l'Ukraine, la transition verte et numérique et le soutien à la reprise économique.
L'augmentation des coûts de remboursement du Plan de relance européen post-Covid-19 ne doit pas se solder par des coupes dans le financement des programmes, estime le PE. Il veut avoir recours au mécanisme en cascade qui doit permettre de payer les intérêts au titre de Next Generation EU et qui a été introduit lors de la révision à mi-parcours du CFP en février 2024 pour faire face à la hausse des taux d'intérêt (EUROPE 13345/21).
La proposition de résolution a été rejetée. En revanche, les députés du Parlement européen ne sont pas parvenus à un accord sur les priorités politiques à donner au budget 2025. Le soutien du groupe PPE à des amendements soumis par l'extrême droite (ESN, Patriotes pour l'Europe) a poussé quatre des cinq groupes pro-européens (Renew Europe, le S&D, Verts/ALE et La Gauche) à rejeter la proposition de résolution dans son ensemble (233 pour, 360 contre, 59 abstentions).
L'Allemand Alexander Jungbluth et le Polonais Stanisław Tyszka avaient réussi, au nom du groupe ESN et avec le soutien des Patriotes pour l'Europe et du PPE, à faire passer la « demande d'un financement adéquat de barrières physiques extérieures à la frontière de l'Union » (329 voix pour, 297 contre, 15 abstentions) ainsi que l'invitation « à envisager la mise en place de plateformes de retour en dehors de l'Union et, si nécessaire, à accorder un financement approprié au projet ». Par ailleurs, Julien Sanchez et Angélique Furet, au nom des Patriotes pour l'Europe, ont obtenu l'adoption d'un amendement pour renforcer l'agence européenne Frontex « au moyen d’une augmentation des crédits en vue du recrutement d’agents permanents équipés d’armes de service pour aider les États membres à contrôler les frontières extérieures ».
L'eurodéputé Andrzej Halicki (PPE, polonais) s'est réjoui que, pour la première fois, « les amendements budgétaires incluent une disposition sur le financement des infrastructures physiques aux frontières extérieures sur le budget de l'UE ». Mais ce « moment historique », selon lui, ne l'est pas vraiment, puisque le rejet de la proposition de résolution rend caduques ces priorités politiques.
La résolution étant un texte politique non contraignant, son rejet et l'absence de position du PE sur le budget 2025 qui en découle n'empêche pas les négociations à venir avec le Conseil et la Commission européenne. « La résolution du PE ajoute parfois des contraintes aux négociateurs du PE », a précisé Victor Negrescu, qui estime avoir désormais davantage les mains libres.
Sur un plan plus politique, M. Negrescu a ajouté que ses « collègues se sont sentis trahis, parce que le PPE n'a pas respecté l'accord » de la majorité pro-européenne. La situation aurait pu être évitée, selon lui, alors que les amendements à l'origine de la discorde « n'entraient pas dans le champ d'application du budget ».
En jouant « avec le feu en pactisant avec l'extrême droite », la démocratie chrétienne « se retrouve finalement isolée », a relevé Manon Aubry (La Gauche, française), sur le réseau social X. Selon Saskia Bricmont (Verts/ALE, belge), « il est temps [pour Ursula von der Leyen] de choisir ses alliances : l'extrême droite et la fin de l'Union européenne ou les groupes démocratiques et pro-UE ». (Florent Servia)