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Bulletin Quotidien Europe N° 13459
REPÈRES / Pe2024

La métamorphose des écologistes au Parlement européen

En cinq ans, les écologistes et régionalistes européens sont passés de l'opposition politique à Ursula von der Leyen au cours de la législature précédente à un soutien déterminant lors de sa réélection par le Parlement européen à la présidence de la Commission européenne, jeudi 18 juillet (EUROPE 13456/1).

En juillet 2019, les coprésidents du groupe Verts/ALE, l'Allemande Ska Keller et le Belge Philippe Lamberts, s'étaient certes dits positivement surpris par l'ambition climatique du discours de campagne de la chrétienne-démocrate allemande dans l'hémicycle du PE (EUROPE 12297/1). Préfigurant ce qui allait devenir le 'Pacte vert européen', le marqueur initial de la Commission 'von der Leyen', cette dernière proposait des objectifs accrus de réduction des émissions de CO2 pour atteindre la neutralité climatique en 2050, une taxe carbone aux frontières de l'UE, une banque européenne du climat, un fonds pour une transition juste...

Mais M. Lamberts avait critiqué le silence de la candidate désignée par le Conseil européen sur la perte de biodiversité et « l'impact désastreux » de la Politique agricole commune.

Avant la première élection de Mme von der Leyen, les groupes politiques pro-européens du Parlement, y compris le groupe Verts/ALE, avaient tenté d'élaborer leur propre agenda stratégique pour concurrencer celui du Conseil européen et faire pression sur le choix des hautes fonctions européennes. Ils critiquaient aussi le fait que le choix de l'ancienne ministre allemande formulé par les Vingt-sept, sous l'impulsion du président français, Emmanuel Macron, faisait voler en éclats le principe du candidat tête de liste ('Spitzenkandidat').

En vain. Ces discussions n'ont pas abouti, faute d'un consensus sur des priorités politiques communes.

Forts de leur succès électoral, les écologistes voulaient capitaliser sur l'importance de l'enjeu climatique dans la campagne électorale de 2019 et ils réclamaient des mesures fortes en matière de sauvetage en mer des migrants (EUROPE 12291/1). Puisque la majorité pro-européenne formée par les groupes PPE, S&D et Renew Europe disposait déjà d'une majorité absolue d'eurodéputés confortable (444 voix sur 376 nécessaires), ils pouvaient se permettre de placer la barre haut en termes de contenu, sachant que leurs voix n'étaient pas forcément nécessaires pour permettre l'élection de Mme von der Leyen.

Ils votèrent donc contre l'élection de la chrétienne-démocrate allemande. Élue à neuf voix près, celle-ci dut son salut à quelques voix conservatrices en raison de nombreuses défections du camp pro-européen. 

Avancez rapidement jusqu'à juillet 2024 et le renversement du positionnement politique est frappant.

Les écologistes européens ont permis la réélection de la présidente désignée de la Commission en lui apportant 45 voix, sur 53 voix possibles, sachant que Mme von der Leyen l'a emporté à 40 voix près.

Jugeant ce score « bien meilleur » qu'en 2019, la première concernée s'est félicitée de la stratégie adoptée, à savoir inclure autant que possible les écologistes au sein d'une majorité 'pro-européenne, pro-Ukraine, pro-État de droit', mais sans frustrer totalement sa propre famille politique, dont une partie accuse le 'Pacte vert européen' de tous les maux dont souffrent les entreprises et les citoyens.

Commentant cette situation depuis Strasbourg, le coprésident du groupe CRE, l'Italien Nicola Procaccini, dont la famille politique Fratelli d'Italia a voté contre Mme von der Leyen, a considéré que celle-ci avait été « sauvée par les écologistes », alors que ces derniers, comme le groupe de centre droit Renew Europe, ont perdu les élections européennes.

Il y a six semaines, à l'issue d'une campagne dominée par les positions climato-sceptiques et anti-immigration des partis extrêmes, les écologistes sont en effet affaiblis. Leur groupe au PE perd une vingtaine d'eurodéputés.

Dès le soir des élections, leurs co-'Spitzenkandidaten' prônent l'union des forces progressistes face à la montée des droites radicales (EUROPE 13427/6). Ils demandent aux partis vainqueurs de ne pas revenir en arrière sur le 'Pacte vert européen' et plus de fermeté dans le respect de l'État de droit, en référence au déblocage controversé de 10 milliards d'euros de fonds de cohésion en faveur de la Hongrie, fin 2023. Réalistes quant à leur poids relatif dans le nouvel hémicyle, ils insistent sur l'urgence de faire barrage à l'extrême droite en prouvant qu'une majorité pro-européenne existe au Parlement.

L'élection de Mme von der Leyen était le premier rendez-vous politique pour le vérifier.

« Si vous me demandez s'il s'agit d'un programme écologique, je vous répondrai 'non' », a déclaré la coprésidente du groupe écologiste, l'Allemande Terry Reintke, en réagissant à chaud au discours de Mme von der Leyen. Elle a toutefois souligné la nécessité de faire bloc au sein d'une « majorité de groupes démocratiques pro-européens » contre l'extrême droite.

Son compatriote Daniel Freund estime que Mme von der Leyen a trouvé « les mots justes » en assurant qu'elle ferait son possible pour faire respecter l'État de droit, notamment dans l'utilisation des fonds européens.

Quant au chef de file du parti paneuropéen Volt au PE, l'Allemand Damian Boeselager, il est convaincu que renforcer le groupe Verts/ALE, au lieu d'adhérer à Renew Europe, a contribué à pousser Mme von der Leyen à chercher le soutien des écologistes pour sa réélection. Le programme de la présidente désignée de la Commission est « conservateur, mais acceptable », malgré la faiblesse du discours sur les questions sociales et migratoires, a-t-il estimé.

Les écologistes sont donc convaincus qu'en faisant partie de la majorité pro-européenne au PE, même informelle, ils seront davantage en mesure de surveiller l'action de la Commission et de peser dans les décisions du Parlement. Pour construire sur des bases stables, les chrétiens-démocrates ont besoin de nous, a assuré Bas Eickhout.

Et les annonces de Mme von der Leyen sur la proposition d'un 'Pacte pour une industrie propre' comme moyen de mettre les objectifs climatiques au service de la compétitivité économique correspond peu ou prou à la vision d'une écologie pragmatique, comme semble la défendre la coprésidence du groupe Verts/ALE. Sans oublier que, selon les écologistes européens, Mme von der Leyen permet le retour en force du processus des 'Spitzenkandidaten'.

Autre donnée intéressante : les coprésidents du groupe parlementaire, Bas Eickhout et Terry Reintke, sont originaires de pays où les gouvernements de coalition sont courants, même avec la droite. En Allemagne, Die Grünen sont actuellement au pouvoir avec les sociaux-démocrates du SPD et les libéraux de la FDP.

Tel semble être, à l'entame de la dixième législature, le positionnement politique du groupe Verts/ALE, désormais largement dominé numériquement par la délégation allemande.

Il reste toutefois, au sein du groupe parlementaire, une délégation d'irréductibles gaulois. Ayant vu leurs rangs fondre de treize à cinq élus, les écologistes français ont choisi de voter contre Mme von der Leyen, comme il y a cinq ans. « Il ne nous apparaissait pas possible (...) de figurer dans une majorité moins-disante sur la justice sociale et climatique et sur les droits humains que la précédente, à laquelle nous avions refusé de participer », a considéré leur chef de file, David Cormand.

Commme l'a, par exemple, décrit Mounir Satouri la semaine dernière à Strasbourg, les écologistes français s'inscriront donc dans une « résistance idéologique », à commencer par l'approche restrictive sur la migration préconisée à droite de l'hémicycle.

Mathieu Bion

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