login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12291
INSTITUTIONNEL / Commission

Il faudrait « un miracle politique » pour que les écologistes au PE votent pour la candidate-désignée Mme von der Leyen, selon Philippe Lamberts

Le groupe Verts/ALE, désormais la quatrième force politique du Parlement européen, digère mal l'accord sur les hautes fonctions européennes qu'ont négocié les leaders chrétiens-démocrates, sociaux-démocrates et libéraux lors du récent sommet européen (EUROPE 12287/1).

L'une des faiblesses principales de cet accord ayant permis la désignation de la chrétienne-démocrate allemande Ursula von der Leyen comme candidate à la présidence de la Commission européenne réside, d'après les écologistes, dans le fait qu'il a été négocié à portes closes et enterre le processus des candidats têtes de liste ('Spitzenkandidaten').

Le soutien du groupe Verts/ALE à la candidature de Mme von der Leyen lors du vote des eurodéputés, mardi 16 juillet, est donc loin d'être assuré à ce stade.

Le vote des écologistes n'est certes pas nécessaire pour que la candidate désignée obtienne une majorité absolue (376) de voix au Parlement européen, les groupes chrétien-démocrate (PPE), social-démocrate (S&D) et libéral (Renew Europe) représentant 444 eurodéputés à eux trois.

Néanmoins, compte tenu de l'importance accrue des enjeux climatiques dans la campagne des élections européennes et de la montée en puissance des groupes eurosceptiques et europhobes au sein de l'hémicycle, une majorité pro-européenne incluant les écologistes serait plus stable et renforcerait la légitimité recherchée par Mme von der Leyen. Fort de son score aux élections européennes, le groupe Verts/ALE avait donc été inclus dans les négociations au Parlement sur un programme stratégique pour le prochain cycle institutionnel, afin de peser sur le choix des personnalités politiques chargées de piloter l'Union européenne dans les cinq années à venir.

Or, il faudrait « un miracle politique » pour que les écologistes soutiennent la candidate désignée à la présidence de la Commission, qui, en Allemagne, est un « canard boiteux qui doit tout à Mme Merkel », a déclaré le Belge Philippe Lamberts, coprésident du groupe Verts/ALE, lundi 8 juillet, à EUROPE. « Je suppose qu'ils savaient ce qu'ils faisaient », a-t-il indiqué, critiquant un accord passé à trois familles politiques, puis adoubé par les Vingt-huit malgré l'abstention allemande en raison de l'ire des sociaux-démocrates allemands, membres de la coalition gouvernementale.

Canard boiteux. Lundi après-midi, M. Lamberts et l'autre coprésidente du groupe, l'Allemande Ska Keller, ont rencontré Mme von der Leyen. Celle-ci rencontrera tous les élus du groupe, ce mardi ou mercredi, dans le cadre d'une décision publique.

Interrogés sur les conditions posées par les Verts à un éventuel soutien, les deux coprésidents ont insisté, lundi, sur la nécessité pour Mme von der Leyen d'avancer des idées concrètes sur des sujets qui leur tiennent à cœur. Nous voulons des propositions dans les domaines de la lutte contre les changements climatiques, du sauvetage des migrants en mer et de la démocratisation de la vie politique européenne, a déclaré Mme Keller.

« La migration est un élément absolument essentiel. Stop aux noyades en mer ! », a déclaré la coprésidente du groupe écologiste, à l'issue d'une entrevue avec la candidate désignée. Elle a qualifié cette dernière de femme politique « qualifiée » pour la fonction, dans la mesure où elle a survécu de nombreuses années en politique intérieure allemande.

Mme Keller a estimé que l'enterrement du processus des Spitzenkandidaten, qui ont fait campagne dans toute l'UE pour prétendre à la présidence de la Commission européenne, constituait « un énorme problème » pour son groupe. De nouveau, le Conseil européen est arrivé avec « quelqu'un dont personne n'avait aucune idée » auparavant, a-t-elle critiqué.

M. Lamberts a appelé de ses vœux un programme de travail qui réoriente profondément les politiques européennes. Il a fait état d'un sentiment de « déjà-vu » avec la candidature de Mme von der Leyen après celle de son prédécesseur, Jean-Claude Juncker. Au moins, « M. Juncker était un ancien Premier ministre. Il pouvait légitimement prétendre pouvoir tenir tête au Conseil européen », a-t-il considéré.

Agenda stratégique. Sur l'agenda stratégique, les négociations sont aujourd'hui au point mort. Les présidents des quatre groupes politiques impliqués se rencontreront ce mardi pour faire le point et décider s'ils poursuivent les travaux censés aboutir le vendredi 12 juillet, du moins avant le vote en session plénière du PE sur la candidature.

À quoi bon poursuivre les travaux si les trois groupes sont déjà d'accord sur la candidature de Mme von der Leyen ? - s'est demandé M. Lamberts. Et toutefois de prévenir : « Si les discussions s'arrêtent là où elles sont, le vote négatif des Verts est assuré ».

En parallèle, Mme von der Leyen continue de consulter au Parlement pour convaincre du bien-fondé de sa candidature. Elle rencontrera la conférence des présidents des groupes politiques mercredi 10 juillet. Lundi, elle s'est entretenue avec le futur président du Conseil européen, le Premier ministre belge faisant fonction, Charles Michel (EUROPE 12291/2).

Afin que la transition avec la Commission 'Juncker' se fasse en douceur, la candidate désignée dispose déjà au sein de la Commission d'un support logistique et d'une petite équipe de cinq personnes. (Mathieu Bion)

Sommaire

INSTITUTIONNEL
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
SOCIAL
POLITIQUES SECTORIELLES
COUR DE JUSTICE DE L'UE
BRÈVES