À quelques semaines des élections européennes, le débat qui s’est tenu au Parlement européen mercredi 24 avril au sujet du ‘Pacte vert’ a sonné comme un bilan de cette initiative annoncée en 2019 par la Commission pour faire de l’Union européenne une zone climatique neutre d’ici 2050.
Et pour cause, la discussion demandée par les eurodéputés verts et notamment leur co-spitzenkandidat, Bas Eickhout (néerlandais), avait pour objectif de pointer du doigt les tentatives de l'extrême droite et des conservateurs de saper les mesures pour une transition verte et de bloquer les investissements dans l'avenir durable de l'UE.
L’eurodéputé néerlandais a initié les échanges en rappelant l'urgence de la situation : « 2023 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée. (...) Les pertes économiques liées au climat et à la météo en 2023 sont estimées à plus de 13,4 milliards d'euros ». Et de dénoncer, face à cela, une droite et des conservateurs qui tendent à « affaiblir, pressurer et diluer la législation », se référant ainsi aux textes sur la « restauration de la nature (EUROPE 13356/9), la déforestation (EUROPE 13183/17), les pesticides, les véhicules électriques », qui ont provoqué des dissensions au Parlement et ont suscité l'opposition répétée des groupes de la droite.
De son côté, Marie Toussaint (Verts/ALE, française) a porté un coup dur contre les opposants au 'Pacte vert', accusant directement certains groupes politiques de compromettre non seulement l'environnement, mais aussi la santé publique, évoquant « la santé des enfants touchés par le cancer à cause de la pollution », qu’ils «refus(ent) de combattre ».
Si plusieurs eurodéputés des rangs de la gauche ont abondé dans ce sens, à l’instar de Silvia Modig (La Gauche, finlandaise), qui a reproché à la droite de ne pas être « prêt(e) » à faire face aux faits, des voix opposées se sont élevées, comme celle de Peter Liese (PPE, allemand), qui a défendu l'engagement de son groupe en faveur du 'Pacte vert', tout en justifiant le retrait de certaines propositions législatives, car il était nécessaire de « trouver un équilibre ».
De même, Lídia Pereira (PPE, portugaise) s’est exprimée au sujet de l’extrême gauche : « Elle utilise la vieille technique qui consiste à tout mettre dans le même sac et à dire que si l'on ne suit pas leur point de vue, on est rétrograde et on détruit l'environnement ».
Beata Szydło (CRE, polonaise) a également contre-attaqué en affirmant : « Nous devons protéger notre environnement, mais pas au détriment de la sécurité européenne ou de l'industrie ».
Le débat a en outre permis l’expression de perspectives plus modérées, comme celle de Jordi Cañas Pérez (Renew Europe, espagnol), qui a insisté sur le fait que le 'Pacte vert' doit être envisagé comme un accord pragmatique et non comme une imposition idéologique : « C'est un moyen de garantir à la fois la durabilité économique et environnementale ».
Mettant dos-à-dos l'urgence climatique et la compétitivité de l'UE, cet échange a non seulement souligné les divisions politiques de la législature actuelle, mais a aussi révélé un enjeu majeur du scrutin à venir. (Nithya Paquiry)