Plusieurs eurodéputés ont à nouveau dénoncé, mardi 23 avril en plénière, l’accord signé entre l’UE et le gouvernement égyptien le 17 mars pour remettre à flot l’économie de l’Égypte et lui permettre notamment de prévenir les départs de migrants vers l’UE.
Ce partenariat macroéconomique global porte sur 7 milliards d’euros (EUROPE 13373/6) et couvrira différents pans de l’économie du pays. Le vice-président de la Commission chargé de la Promotion du mode de vie européen, Margarítis Schinás, l’a défendu devant les élus, jugeant logique que l’UE veuille maintenir son « partenariat mutuel stratégique et global » avec ce pays dans une situation de plus en plus instable dans la région et en tenant compte du fait que la situation budgétaire et économique du pays s’est dégradée.
Le PPE et ID ont salué cet accord et, plus généralement, les accords de ce type passés avec des pays tiers, comme ceux déjà lancés avec la Tunisie et la Mauritanie, estimant qu’ils vont dans le bon sens et sont aussi profitables à l’UE, notamment à ses « entreprises », a dit le Français Thierry Mariani (ID). Ils permettent aussi, dans le cas de l’Égypte, de maintenir la capacité du pays à œuvrer pour la paix dans le conflit entre Israël et le Hamas.
Mais certains élus, bien que soutenant l’initiative, ont estimé que les conditions de l’accord pour assurer le respect des droits de l’Homme et de l’État de droit restaient insuffisantes, comme l’a dit Jan-Christoph Oetjen (Renew Europe, allemand). L’accord devrait assurer des progrès « concrets vers des mécanismes démocratiques » alors que, par exemple, il n’est aujourd’hui pas possible pour la société civile égyptienne « de se prononcer de manière critique contre le gouvernement », a-t-il notamment cité.
À la gauche de l’hémicycle, les élus intervenus ont unanimement dénoncé cet accord avec un régime autoritaire, qui n’empêchera pas les gens de « rechercher la sécurité », a dit la Néerlandaise Tineke Strik (Verts/ALE). « Cette Commission pense qu’en payant des régimes autoritaires, les gens arrêteront de chercher la sécurité », a dénoncé l’élue, critiquant « le chèque en blanc » donné au président al-Sissi.
Mounir Satouri (Verts/ALE, français) estime qu'il existe une « anomalie » dans le fait que la Commission « contractualise » avec un pays et un président qui ont fait l’objet de deux résolutions du PE s'inquiétant du respect des droits de l’Homme.
La socialiste portugaise Margarida Marques juge « inacceptable » que la Commission se soit passée du contrôle démocratique du PE au « prétexte de l’urgence » d’avoir des accords avec les pays tiers alors que l’UE vient d’adopter son Pacte sur les migrations.
« Le PE a montré qu'il est capable d’agir rapidement » et il est une autorité budgétaire, a ajouté l’élue.
Le « rôle du PE sera pleinement respecté », a répondu le vice-président Schinás. (Solenn Paulic)