L’Union européenne et l'Égypte ont signé, dimanche 17 mars, un ‘partenariat stratégique et global’ couvrant six domaines d'intérêt mutuel et doté de 7,4 milliards d’euros d’ici 2027 en faveur de l’Égypte, ont annoncé au Caire, le même jour, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi.
L’UE était également représentée sur place par les dirigeants italien, belge, grec, autrichien et chypriote : Giorgia Meloni, Alexander de Croo, Kyriákos Mitsotákis, Karl Nehammer et Nikos Christodoulides.
Ce partenariat, qui vise à soutenir l’Égypte actuellement en pleine crise économique et déstabilisée par le conflit voisin entre Israël et le Hamas, devra également assurer aux Européens une coopération sur la prévention des départs de migrants vers l’UE ainsi que de nouvelles ressources énergétiques en gaz naturel ou en hydrogène.
Ce partenariat se traduira par 5 milliards d'euros de prêts au titre de l'assistance macrofinancière, avec un milliard versé dès cette année. L'UE va aussi fournir 1,8 milliard d'euros pour aider le pays à financer des projets d'investissements dans la transition verte et numérique et dans l'énergie alors que 200 millions devraient aller à la gestion de la migration.
Cet accord revêt « une importance critique », a expliqué la présidente de la Commission lors d’une conférence de presse, importance qui ne va faire qu’augmenter, par ailleurs, compte tenu « du poids économique » et de « la situation stratégique » de l’Égypte.
Pour le président égyptien, ce partenariat symbolise le développement « significatif » des relations entre l’UE et l’Égypte toutes ces dernières années.
Selon Alexander de Croo, il permettra de créer « plus d'emplois » tout en permettant de réduire les flux d'immigration vers l'UE et donnera par ailleurs de « nouvelles opportunités » aux jeunes générations égyptiennes.
Le premier volet du partenariat concerne les relations politiques et le renforcement du dialogue, notamment pour « promouvoir davantage la démocratie, les libertés fondamentales et les droits de l'homme, l'égalité des sexes et l'égalité des chances, comme convenu dans les priorités du partenariat », indique la déclaration commune.
L'UE est prête à aider l'Égypte à mettre en œuvre sa stratégie nationale en matière de droits de l'homme, conformément aux dispositions de l'accord d'association et aux priorités du partenariat pour la période 2021-2027. Un sommet UE-Égypte se tiendra tous les deux ans, réunissant les présidents de la République arabe d'Égypte, de la Commission européenne et du Conseil européen, alternativement au Caire et à Bruxelles, en plus du Conseil d'association annuel.
Le second volet porte sur la stabilité économique. « L'UE est prête à soutenir le programme de développement 2030 de l'Égypte afin d'assurer une stabilité macroéconomique à long terme et une croissance économique durable, sur la base de priorités et d'objectifs de réforme définis conjointement dans le cadre du programme de développement égyptien ». Ce soutien complétera le financement du FMI.
En ce qui concerne les investissements et le commerce, le 3e volet, il s'agira de renforcer les aspects de la coopération avec l'Égypte dans de multiples domaines, dont : les énergies renouvelables et l'hydrogène renouvelable, l'industrialisation avancée, l'agriculture, la sécurité alimentaire, la connectivité et la numérisation, la sécurité de l'eau et la gestion de l'eau. Ces domaines attireront jusqu'à 5 milliards d'euros d'investissements européens soutenus par des garanties dans le cadre du Fonds européen pour le développement durable et du Plan d'investissement économique.
« L'UE et l'Égypte reconnaissent que la nouvelle réalité géopolitique et du marché de l'énergie exige un approfondissement de leur partenariat existant afin de soutenir leur sécurité énergétique », stipule la déclaration.
Le 4e volet porte sur la migration. « L'Union européenne continuera à fournir le soutien financier nécessaire pour aider l'Égypte à mettre en œuvre des programmes liés aux migrations qui impliquent l'élaboration d'une approche globale des migrations, y compris des voies de migration légale conformes aux compétences nationales et des programmes de mobilité, tels que les partenariats pour les talents, en s'attaquant aux causes profondes des migrations irrégulières, en luttant contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains, en renforçant la gestion des frontières et en garantissant un retour et une réintégration durables et dans la dignité ».
En matière de sécurité, le 5e volet de l'accord, les deux parties réaffirment leurs efforts pour lutter contre tous les problèmes de sécurité, en particulier dans le cadre du Forum mondial de lutte contre le terrorisme.
Enfin, sur la démographie et le capital humain, le dernier volet, l'UE veut soutenir l'enseignement et la formation techniques et professionnels.
« Cela contribuera à l'adéquation entre les compétences et les besoins du marché du travail, notamment par le biais de la mobilité de la main-d'œuvre, de programmes pour les travailleurs saisonniers et d'un soutien continu à la réintégration socioéconomique des Égyptiens rapatriés en Égypte ». L’UE permettra également à l'Égypte de négocier son adhésion à Europe créative, Horizon Europe et Digital Europe. Une initiative universitaire UE-Égypte pourrait être envisagée.
Famine à Gaza
Dimanche, Ursula von der Leyen et Alexander de Croo ont aussi appelé le gouvernement israélien et le Hamas à parvenir à une trêve pour mettre fin à la famine à Gaza.
« Gaza est confrontée à la famine et nous ne pouvons l’accepter », a dit la présidente, jugeant « crucial de parvenir rapidement à un accord sur un cessez-le-feu qui libère les otages et permette à davantage d’aide humanitaire d’atteindre Gaza ».
De son côté, le président en exercice du Conseil de l'UE a jugé la situation à Gaza « inacceptable » et a appelé le gouvernement israélien à « accroître l'accès à l'aide humanitaire » et à permettre « l'acheminement de plus de nourriture et de médicaments » alors que ce n'est pas ce qui se passe sur le terrain.
Le sujet est à l'ordre du jour des ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis lundi 18 mars à Bruxelles (voir article lié).
Lien vers la déclaration : https://aeur.eu/f/bdb (Solenn Paulic)