Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont appelé Israël, lundi 18 mars, à garantir un « accès humanitaire libre », l'acheminement de vivres par voie terrestre étant toujours soumis aux inspections israéliennes au principal point d'accès : le poste-frontière de Rafah.
Dans le même temps, les Nations Unies ont alerté sur le nombre record de 1,1 million de Gazaouis confrontés à la faim, « le nombre le plus élevé jamais enregistré », déclarant que, sans un accès accru à l'aide humanitaire, la famine était « imminente », notamment au nord de la bande de Gaza. Selon le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, citant un rapport du Programme alimentaire mondial, 70% des Gazaouis font face à un risque de famine et quasiment 100% à un stress alimentaire sévère.
« Gaza était auparavant la plus grande prison à ciel ouvert. Aujourd'hui, c'est le plus grand cimetière à ciel ouvert », a estimé M. Borrell.
« Une extension urgente des points d'accès existants pour les livraisons par voie terrestre et l'ouverture d'accès supplémentaires sont nécessaires pour garantir une aide alimentaire », ont déclaré M. Borrell et le commissaire à la Gestion des crises, Janez Lenarčič, dans une déclaration conjointe publiée le même jour.
Selon le gouvernement israélien, 165 camions humanitaires ont été inspectés lundi 18 mars et ont pu entrer dans la bande de Gaza via les portes de Kerem Shalom (près de Rafah) et 78 autres via Nitzana. Au total, 17 425 camions ont acheminé une aide humanitaire depuis le début de la guerre, selon le Coordinateur des activités gouvernementales israéliennes dans les territoires (COGAT).
Les ministres européens des Affaires étrangères, ont fait part de leur volonté de voir les canaux d’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza se multiplier. La ministre belge, Hadja Lahbib, a souligné l'urgence d'un « accès total par voie terrestre », exprimant sa frustration face au blocage de centaines de camions à la frontière égyptienne, malgré le besoin pressant d'aide. Elle a également salué les récents parachutages de vivres et la mise en place d'un couloir maritime humanitaire (EUROPE 13369/3).
Lundi, un deuxième navire, nommé « Jennifer », était sur le point de quitter Chypre pour Gaza avec 240 tonnes de nourriture.
En outre, Konstantínos Kómbos, le ministre des Affaires étrangères de Chypre, a souligné l'importance d'un système efficace de distribution des cargaisons à Gaza. « L'objectif est de poursuivre l'amélioration logistique de l'ensemble de la structure. Nous continuons à voir l'utilité de la traversée terrestre. Nous insistons sur le fait qu'il s'agit d'un effort complémentaire », a déclaré M. Kómbos.
Chypre tiendra une réunion jeudi 21 mars avec plus de 40 pays participants afin d'approfondir la coordination internationale et le financement des opérations.
Faire pression sur Israël
Selon le Haut Représentant, la réunion du Conseil a mis en lumière un « consensus clair » que la situation n’est pas acceptable et que la seule solution est de « faire une pression politique sur Israël ».
Alors que le Conseil s’est penché sur l’accord d’association entre l’UE et Israël, après une demande de l’Irlande et de l’Espagne (EUROPE 13350/1), M. Borrell a rappelé que l’accord était « explicitement fondé sur des valeurs communes partagées » entre l’UE et Israël.
Il a estimé qu’il fallait discuter davantage avec Israël. Selon lui, convoquer un Conseil d’association avec Israël sera difficile - cela nécessite une unanimité des États membres et un consensus sur l’agenda de la réunion. Mais M. Borrell a précisé que de nombreux États membres avaient estimé qu’il était possible d’inviter le ministre des Affaires étrangères israélien à un Conseil. Côté palestinien, le nouveau Premier ministre, Mohamed Mustafa, pourrait aussi être invité, selon M. Borrell. « Plus que jamais, le peuple palestinien a besoin d’institutions bien gouvernées, qui fournissent les services indispensables en ces temps difficiles », avait-il souligné dans un communiqué du 15 mars, se disant impatient de poursuivre la coopération avec le nouveau gouvernement.
Accord politique pour sanctionner des colons violents
Le Haut Représentant a également annoncé un accord politique pour des sanctions à l’encontre de membres du Hamas – jugés responsables de violences sexuelles le 7 octobre -, et des colons violents envers des Palestiniens en Cisjordanie. La Hongrie aurait levé son blocage.
Les noms des personnes concernées par les sanctions doivent maintenant faire l’objet d’un accord par les États membres. Il s'agirait d'une dizaine de membres du Hamas et de six colons, tous sanctionnés sous le régime de l'UE des droits de l'homme. (Bernard Denuit et Camille-Cerise Gessant)