L’alliance des partis centristes, libéraux et démocrates, Renew Europe, qui compte se placer en tant que « promoteur de l’Europe » lors des élections de juin, a publié, mercredi 20 mars, jour du lancement de sa campagne (voir autre nouvelle), ses dix priorités communes pour « continuer à transformer l’Europe pour un futur meilleur pour tous ».
En amont du lancement de la plateforme, la présidente du groupe Renew Europe, Valérie Hayer, a fait référence à ce document devant la presse, rappelant que, dans un contexte géopolitique troublé, ces élections européennes étaient « décisives, les plus importantes de notre histoire. Ce n’est pas galvaudé de le dire ».
Développement des capacités de défense
Mme Hayer a ainsi expliqué que, face à la menace que fait peser le Kremlin sur les démocraties européennes depuis l’invasion de l’Ukraine, la première priorité consistait à renforcer la défense européenne.
« Au sein du PE, nous poussons pour la création d’une commission pleine et entière sur les enjeux de défense. Compte tenu du contexte, c’est fondamental qu’on puisse non seulement avoir un signal politique, mais aussi accélérer sur la défense européenne », a-t-elle expliqué.
Le groupe estime que l’UE doit être collectivement prête à protéger la paix sur le continent, en renforçant dans les semaines et les mois à venir les capacités de défense, de la recherche à la coopération militaire, pour aider l'Ukraine à gagner la guerre contre la Russie et pour dissuader les menaces des régimes autoritaires.
Renforcement de la compétitivité
La deuxième priorité de Renew Europe consiste à retrouver un avantage concurrentiel par rapport à la Chine et aux États-Unis. Le groupe considère que la prochaine Commission doit être une « Commission de l'investissement », qui investisse dans la recherche, le développement, l'innovation et les personnes, et attire les investissements privés pour rendre l'Europe plus compétitive.
Protection des valeurs européennes et lutte contre les extrêmes
Le groupe rappelle son attachement au mécanisme liant les fonds européens au respect de principes démocratiques fondamentaux comme l'indépendance de la justice et la lutte contre la corruption. Il se dit donc déterminé à appliquer l’article 7 du traité sur l'Union européenne, qui permet de geler les fonds des autocrates, comme c’est encore actuellement le cas pour une partie des fonds destinés à la Hongrie de Viktor Orbán.
La présidente a également rappelé que la lutte contre les extrêmes faisait partie de l’ADN de son groupe. Interrogée sur une coalition possible avec les groupes ID et CRE après les élections, Mme Hayer a indiqué que la position de son groupe était claire et que le cordon sanitaire serait maintenu.
« Aujourd’hui, la configuration fait qu’on travaille avec le CRE dans notre quotidien. Moi, je considère qu’à la table des négociations, en juin, nous n’avons pas à négocier avec le CRE, qui a dans son groupe, le parti Reconquête, récemment arrivé en France, mais aussi Vox et potentiellement Viktor Orbán demain, donc c’est une ligne rouge pour nous, évidemment ».
Elle a également estimé que la ligne de Giorgia Meloni et de son parti Fratelli d'Italia était « très clairement » une ligne d'extrême droite, « bien que certains au PPE veuillent soigner leurs relations avec elle », a-t-elle lancé.
Respect des droits fondamentaux
Le groupe s’engage également à construire « un continent où chacun est libre de construire la vie à laquelle il aspire », en protégeant, notamment, les droits des femmes et en œuvrant pour la légalisation et la reconnaissance des mariages homosexuels et des familles arc-en-ciel.
Simplification de la vie des agriculteurs
Concernant les revendications des agriculteurs, Renew Europe estime que le climat et l’agriculture sont les deux faces d’une même pièce et que les agriculteurs ont besoin d’être soutenus et respectés. « Ne mordons pas la main de ceux qui nous nourrissent, mais saisissons-la », indique le document.
Mise en œuvre du cadre législatif de la précédente mandature
Dans sa liste des priorités, Renew Europe s’intéresse également aux mesures législatives qui ont été prises sous la mandature 2019-2024 concernant la transition verte et numérique et appelle désormais à la mise en œuvre rapide, « faute de quoi nos entreprises et nos citoyens ne seront pas en mesure de suivre ».
Importance de l’éducation et de la culture
Pour Renew Europe, l’accent doit également être mis sur l’éducation en tant que pourvoyeuse d’opportunités et de compétences. Le groupe souhaite en particulier renforcer le programme Erasmus, mais aussi investir dans le domaine de la culture, via un passeport culturel européen ou l'enseignement de notre patrimoine commun.
Gestion des migrations de manière humaine
Sur le plan migratoire, le groupe souhaite contrôler correctement les frontières extérieures afin de réprimer les trafiquants, tout en plaçant la vie et la dignité des personnes au cœur de l’action européenne. Il met également en avant l’importance de la clarté juridique pour ceux qui cherchent un abri et celle d’un engagement pour prévenir les problèmes qui poussent les gens à fuir leur foyer.
Le document ajoute que la pénurie de main-d'œuvre étant une réalité, « les voies juridiques économiques devraient être évaluées afin que les économies européennes puissent disposer de la main-d'œuvre nécessaire à leur croissance ».
Construction d’une alliance mondiale des démocraties
Face aux régimes autocratiques du monde entier, la liste de priorités propose d’établir des partenariats avec des pays partageant les mêmes idées pour créer une alliance mondiale des démocraties afin de renforcer l'influence de l'UE dans le monde et de promouvoir ses valeurs.
Réforme des traités
Enfin, Renew Europe souhaite réformer les traités de l’UE afin d’accroître l'efficacité, la transparence et la responsabilité des institutions européennes, jugeant les réunions ministérielles entre pays de l’UE trop opaques.
Le groupe souhaite également voir un seul et unique président à la tête de l'exécutif européen, « afin que le monde sache enfin à qui s'adresser ». Il souhaite ensuite renforcer le rôle du Parlement européen et se débarrasser des vetos.
L’Ukraine doit également pouvoir adhérer à l’UE, mais « sans réformes profondes, l'élargissement risque de se transformer en échec pour tous », indique le document.
Pour voir les priorités : https://aeur.eu/f/bfv (Pauline Denys)