La Commission européenne a présenté, mercredi 20 mars, un plan d’action pour remédier aux pénuries de main-d’œuvre et de compétences dans l’UE alors que près de quatre PME sur cinq ont déclaré, dans un récent 'Eurobaromètre', qu'il leur était difficile de trouver des travailleurs possédant les bonnes compétences, plus de la moitié d'entre elles estimant par ailleurs difficile de retenir les travailleurs qualifiés.
Une tendance qui pose problème à l’UE dans le contexte des transitions ‘verte’ et numérique, ont expliqué le vice-président exécutif, Valdis Dombrovskis, et le commissaire européen à l’Emploi et aux Droits sociaux, Nicolas Schmit.
Le plan d'action a été préparé avec les partenaires sociaux européens, qui devaient précisément en discuter lors du Sommet social tripartite (voir autre nouvelle).
Il définit des actions dans cinq domaines : - soutenir l'activation des personnes sous-représentées sur le marché du travail ; - soutenir le développement des compétences, la formation et l'éducation ; - améliorer les conditions de travail dans certains secteurs ; - améliorer la mobilité des travailleurs et des apprenants ; - attirer les talents extérieurs.
La Commission a identifié sans difficulté les raisons de ces pénuries. Elles tiennent à la fois à la démographie, aux besoins exponentiels en nouveaux emplois et compétences pour assurer la transition énergétique et numérique et aux mauvaises conditions de travail dans certains secteurs, comme le secteur des soins.
Entre 2009 et 2023, la population en âge de travailler dans l'UE est passée de 272 à 263 millions et devrait encore diminuer pour atteindre 236 millions d'ici 2050.
L'effet combiné de la diminution de la population en âge de travailler et de l'augmentation de la demande de services spécifiques, tels que les soins de santé de longue durée, devrait « contribuer de manière significative aux pénuries de main-d'œuvre à moyen et long terme ».
Les pénuries de compétences concernent actuellement tous les niveaux de qualification, les profils académiques et techniques, et sont particulièrement importantes dans des domaines tels que les sciences, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques. Or, d'ici 2030, 3,5 millions de nouveaux emplois devraient être créés dans les secteurs des énergies renouvelables. Dans le domaine numérique, l'utilisation accrue de technologies de pointe telles que l'intelligence artificielle et le big data augmentera aussi les besoins en compétences.
Pourtant, « aujourd'hui déjà, environ 63% des entreprises de l'UE qui tentent de recruter des spécialistes des technologies de l'information et de la communication éprouvent des difficultés à pourvoir ces postes vacants et la demande devrait plus que doubler d'ici 2030 », dit la Commission.
L'industrie de la défense « est également touchée ».
La Commission financera ainsi de nouveaux projets contre le chômage de longue durée et pour amener les jeunes sur le marché du travail.
Elle prévoit de cofinancer davantage de centres d'excellence professionnelle (au moins 100 nouveaux centres d'ici 2027), de mettre en place de nouveaux partenariats de compétences ou de mieux cartographier les besoins.
La Commission propose aussi d’analyser les politiques de congés de maladie « afin d'identifier les meilleures pratiques pour les travailleurs et les entreprises » et d’évaluer l'impact des réformes des retraites qui offrent davantage de possibilités de retraite flexible et de combinaison des revenus.
Les États membres, pour leur part, sont invités à réviser les programmes d'éducation et de formation, à poursuivre les réformes des prestations qui s'attaquent aux poches d'inactivité et à apporter un soutien suffisant à ceux qui peuvent travailler pour qu'ils reviennent progressivement sur le marché du travail. Il faut aussi poursuivre les réformes fiscales qui réduisent la pression sur les bas salaires.
Ils devraient aussi continuer à soutenir la numérisation de la sécurité sociale pour faciliter la mobilité et s'engager sur la migration légale en faisant venir plus de talents.
Les partenaires sociaux, eux, auront entre autres la tâche de s'attaquer aux mauvaises conditions de travail par la négociation collective dans les secteurs caractérisés par ces conditions de travail inadéquates et de contribuer à l'activation des groupes sous-représentés, tout en trouvant des solutions pour promouvoir l'emploi des travailleurs âgés.
Lien vers le plan d'action : https://aeur.eu/f/bfs (Solenn Paulic)