Convaincus de leur supériorité face aux autres forces politiques européennes, les chrétiens-démocrates ont ouvert leur congrès électoral, mercredi 6 mars à Bucarest, sous l'immense dôme bleuté du Romexpo, se déclarant prêts à mener le 'Parti populaire européen' (PPE) une nouvelle fois à la victoire, lors des élections européennes de juin.
Dans son discours d'ouverture, le président du parti PPE et du groupe PPE au Parlement européen, l'Allemand Manfred Weber, a souhaité la bienvenue aux 1 500 délégués de sa famille politique, « la plus large » en Europe. Nous sommes le premier groupe au Parlement européen, nous avons douze - bientôt treize - chefs d'État ou de gouvernement au Conseil européen, nous avons le plus grand nombre d'élus locaux et régionaux en Europe, a-t-il indiqué.
Il s'est permis une pique en direction des rivaux sociaux-démocrates. « Vous ne le savez problablement pas », a-t-il ironisé, mais samedi dernier, les sociaux-démocrates ont désigné le Luxembourgeois Nicolas Schmit candidat tête de liste ('Spitzenkandidat') dans « une salle très différente » de la nôtre (EUROPE 13363/15). Et d'ajouter : « Nous avons un manifeste électoral avec des propositions concrètes » alors qu'ils n'ont que « des revendications idéologiques et des formules vagues »; nous avons Ursula von der Leyen et Roberta Metsola, « deux dirigeantes fortes », alors qu'ils ont MM. Schmit et Borrell comme « candidats principaux »; « nous peinons à faire rentrer tous les médias dans la salle, alors qu'ils n'ont même pas été en mesure de faire les gros titres en dehors de la 'bulle bruxelloise' ».
Schengen. Plus tôt, devant la presse, M. Weber avait exposé l'importance pour les chrétiens-démocrates de se réunir en Roumanie, à l'invitation du 'Parti libéral national' (PLN) (EUROPE 13363/13), pour témoigner de l'importance des pays d'Europe centrale et orientale, en raison notamment de leur proximité avec l'Ukraine et la Moldavie. Il n'y a pas de membres de deuxième catégorie dans l'UE, a souligné le dirigeant bavarois, réitérant le soutien du PPE en faveur de l'intégration à part entière de la Roumanie au sein de l'espace Schengen de libre circulation des personnes.
Fin mars, les contrôles aux frontières aériennes et maritimes seront abolis entre la Roumanie, la Bulgarie et les pays de l'espace Schengen, tandis que les contrôles aux frontières terrestres demeureront (EUROPE 13320/4).
Cet appel a été relayé par le dirigeant du parti PNL roumain, Nicolae Ciucă, convaincu que la Roumanie a rempli ses obligations en la matière. Nous le devons à « notre diaspora », qui rassemble environ 4 millions de Roumains dans l'UE, a estimé ce dernier. Il s'est félicité que le manifeste électoral du PPE intègre une telle requête malgré l'opposition du parti chrétien-démocrate autrichien.
« C'est aussi le cas des sociaux-démocrates autrichiens, donc nous avons un problème autrichien », a considéré M. Weber.
Par ailleurs, le président du PPE a esquissé plusieurs thèmes de campagne que les chrétiens-démocrates défendront. Selon lui, pour affronter les menaces et les défis qui mettent l'Europe à l'épreuve, tant de l'extérieur que de l'intérieur, la réponse n'est pas l'égoïsme des populistes et des extrémistes, mais l'union et « la solidarité » entre Européens. « L'UE n'est pas parfaite, mais c'est la meilleure Europe que nous ayons jamais eue », a-t-il considéré, préconisant un message « positif » pour convaincre les électeurs.
« La liberté, la prospérité et la sécurité ne sont jamais arrivées depuis l'Est », a considéré Hunor Kelemen, au nom du parti UDMR représentant la communauté hongroise de Roumanie. Il a décliné un agenda résolument pro-européen et atlantiste.
Migration. Dans le manifeste que les 800 délégués disposant du droit de vote ont validé mercredi sans opposition, les chrétiens-démocrates européens soulignent l'importance de renforcer la lutte contre l'immigration illégale à travers un changement « fondamental » du droit de l'UE en matière d'asile.
Ils mettent notamment en avant « le concept de pays tiers sûr », à travers lequel un demandeur d'asile dans l'UE serait transféré vers un pays tiers sûr avec lequel l'UE aurait passé un accord spécifique, afin qu'il y obtienne l'asile et s'y établisse « de façon civilisée et sûre », dans le respect de la Convention de Genève pour les réfugiés, au lieu d'entrer dans l'UE.
Cette idée figurant dans le manifeste électoral du PPE, M. Weber estime qu'il est naturel que sa future candidate principale, Ursula von der Leyen, la défende lors de la campagne. « Nous devons réduire le nombre d'arrivées » en différenciant les réfugiés des migrants illégaux qui ne pourront entrer dans l'UE, a-t-il argué.
'Spitzenkandidat'. Présente mercredi dans les travées du Romexpo, la présidente de la Commission européenne, Mme von der Leyen, bénéficiera jeudi d'un large soutien du PPE, hormis du parti français Les Républicains et de partis slovènes.
« Beaucoup jouent la ligne sans grand enthousiasme », a déclaré le Français Jean-François Bellamy en marge du congrès. Selon lui, au cours de son mandat à la tête de la Commission européenne, Mme von der Leyen n'a « pas cherché à cultiver un lien spécial avec le PPE », s'affichant même à un meeting à Bordeaux organisé par le mouvement politique du président français, Emmanuel Macron.
Quant au contenu, M. Bellamy a rappelé que le PPE s'était majoritairement opposé aux initiatives législatives sur la restauration de la nature et la rénovation des bâtiments, deux textes du 'Pacte vert européen' portés par la Commission européenne.
Au sein du PPE, il est possible d'avoir des « opinions différentes ». Il a loué le caractère démocratique de la désignation imminente de Mme von der Leyen, qui interviendra dans le cadre d'un « scrutin à bulletin secret ». Les sociaux-démocrates, quant à eux, ont procédé par acclamation, a-t-il relevé dans une deuxième pique.
Voir le manifeste électoral qu'a adopté le PPE : https://aeur.eu/f/b4n (Mathieu Bion)